Ce soir, "La vie des autres" sur Arte à 20h50. 

La guerre froide, la RDA, grise, engoncée, paranoïaque. Un agent de la Stasi met sur écoute un dramaturge soupçonné d'activités illicites. Le zèle initial du sbire robotique du régime se mue d'abord imperceptiblement puis dramatiquement en sympathie délictueuse, mettant en danger le guetteur et le guetté. Mais la limite entre volonté pré-fabriquée et sentiments enfouis est ténue dés lors que le coeur de l'homme fissure la rigueur de son embrigadement.

Tout comme les méthodes éprouvées et éprouvantes d'un régime attaché à l'absence quasi-totale de vie privée, c'est tout une époque que "Das Leben der anderen" s'attache à dépeindre. L'atmosphère figée, ces ruelles encadrées de fenêtres d'où semblent pointer des centaines d'yeux aux aguets, cette époque où 25% d'une population surveillait la masse, difficile aujourd'hui d'imaginer cette opacité à l'heure de l'information mondiale libre et instantannée. Mais plus qu'une critique, ce film magnifique souligne la force de l'art et des sentiments, seuls capables d'écorner la noirceur d'une bureaucratie sans relief.

Les acteurs sont à l'épogée de leur art. Ulrich Mühe, disparu peu après le tournage, Martina Gedeck, Sebastian Koch, pas les acteurs les plus connus du monde libre, mais quelle maestria dans ce jeu d'affinitiés qui se délient peu à peu, touchant de près le drame, et d'encorte plus près nos coeurs. 

Une sorte de chef-d'oeuvre, assurément.