a vu "Deep end", film de 1970 par Jerzy Skolimowski réédité en DVD, considéré comme un film culte pour sa peinture acide de la fin du Swinging London fantasmé des années 60, un peu comme pour le concert d'Altamont considéré comme le réveil brutal des rêveries hippies des sixties, note: 3/5 pour cette évocation tragique de l'adolescence brisée par les contingences matérielles et bassement cyniques de la réalité adulte.

Michael, jeune adolescent de 15 ans à la fraiche innocence, abandonne ses études pour travailler dans une piscine, à la maintenance et à l'entretien. En plus de subir les assauts d'une gente féminine mûre et émoustillée par ce jeune homme, il tombe amoureux de sa collègue Susan, jolie rousse de 8 ans son ainée, à l'aise avec son corps et ses désirs. Fiancée à un riche hipster, elle vaque de ci de là, et arrondit ses fins de mois en se produisant dans des clubs. Perturbé par cette jeune femme libérée, il tente des approches répétés, ses assauts adolescents incessants se brisant tragiquement sur la muraille de l'âge adulte.

Découverte intéressante du jour, ce vieux film de 70 d'un réalisateur polonais révélé récemment à mes yeux par un "Essential Killing" iconoclaste aux airs d'apocalypse. Cette évocation d'une ère en cours de décrépitude, ces sixties rêvés où la libération de la musique et de l'art accompagnât une libéralisation des moeurs et de la jeunesse, remet certaines choses à leur place. Une révolution, si tant est qu'elle ait vraiment eu lieu, n'est que foudroyante et limitée, et le jeune Michael, en se confrontant trop tôt à l'âge adulte, se brûle les ailes aux flammes d'une réalité bien loin de ses aspirations. L'amour est un sentiment trituré par un Skolimowski semblant revenu d'errements qui l'auront suffisamment marqué pour nous les jeter à la figure comme un idéal sans lendemain et sans fondements.

Les ruines d'un Swinging London flashy et lumineux côtoient le délabrement d'une piscine à la peinture écaillée suite un âge d'or que l'on peut imaginer glorieux mais fugace. Le corps devient une marchandise livrée à la merci de mercantiles et libidineux profiteurs. Les aspirations d'une classe d'âge déjà vieillie ont été récupérés par une société de consommation en cours d'apparition.

Le jeune Michael, déboussolé, erre dans des coins autrefois trendy mais maintenant livrés au commerce du corps, en quête d'une Susan toute prête à se livrer mais si consciente de son pouvoir de séduction qu'elle en abuse à foison. Un conte de fée sixties peut-il finir autrement que tragiquement, dans ce lieu où les corps dénudés se frôlent, cette piscine symbole du passage à l'ère des seventies bien moins innocentes?

Belle évocation d'une époque que ce film sans rides mais non sans faux semblants, à la BO envoûtante ("Mother Sky" de Can et "But I might die tonight" de Cat Stevens à découvrir urgemment), et aux airs d'apocalypse, semblant montrer que la frontière entre rêve et cauchemar peut être bien ténue...