a vu "Youth" (3/5) et "Free fall" (4/5). Le premier est israélien, le second est allemand. Des exemples typiques de ce que permet le cinéma indépendant. Pas d'effets spéciaux ni d'artifices, juste des histoires et des parts pris. C'est revigorant, authentique, sensible, ça parle.

- Youth narre la tentative désespérée de deux jeunes frères pour récolter l'argent qu'il manque à leurs parents afin de conserver l'appartement familial. Via un kidnapping laborieux et tout ce qu'il y a de plus amateur, l'encore lycéen et le déjà soldat s'essayent à la demande de rançon. Sans vraiment croire en leurs chances, tout juniors qu'ils sont dans l'art délicat de la prise d'otage. Pour cause de Shabbat, que la jeune fille dit délaisser ostensiblement, les parents ne répondent pas aux pieds nickelés qui s'impatientent...

Narration brut de décoffrage pour cette intéressante histoire d'initiation au terrorisme soft. Le jusque-boutisme déclenché par la situation intenable vécue par des parents normaux et aimants est une critique sous-entendue du capitalisme. Quand la réalité devient trop insupportable, ne restent que l'excès et la bêtise. 

- Free fall raconte l'histoire de Marc, jeune CRS bientôt père et fou amoureux de son épouse. La participation à une formation lui fait rencontrer Kay et la quadrature du cercle. Un amour impromptu et inattendu pour son collègue lui fait perdre la tête, le sens de son ancienne réalité et ses repères. Que faire face au crush dans un univers profondément machiste et vaguement homophobe? Que dire à son épouse en cloque et soucieuse face au changement de comportement de son gentil mari? 

Présenté comme un Brokeback Mountain allemand, cette histoire tragique et ultra sobre se place au niveau du sentiment avant tout, ouvrant le film à une audience ultra large. Imaginer la tempête sous le crâne du jeune Marc fait peine à voir, lui ne sachant pas comment minimiser les tracas pour son entourage. Comment aimer un homme quand rien dans son histoire personnelle ne le prédispose à une telle situation? Rien avant et après Kay ne lui permet de s'affirmer gay, mais un essai unique suffit pour qu'il se sente cataloguable.

Histoire touchante, qui ne va pas plus loin qu'un cas personnel mais touche néanmoins à l'universalité. Kay aurait pu être une femme, la situation aurait été légèrement différente mais pas tant que ça. Marc souffre de ne pouvoir vivre son amour pleinement, victime de préjugés ancrés en lui et desquels il ne peut se détacher vraiment. Et puis voir le regard perdu de cette épouse délaissée, ainsi que le visage désappointé de l'amant aimant mais éconduit, c'est un jeu sans gagnant. A la fin, il n'y a que des perdants...