a vu "White bird" (3/5). Film révélation des festivals de Sundance et Deauville, ce drame US évoque les affres de l'adolescence et de l'absence. Gregg Araki fut révélé par un "Kaboom" trash et tordu, bien loin de la langueur de cet oiseau blanc dans le blizzard. Shailene Woodley et Eva Green épatent dans leurs numéros de fille et mère distantes et opposées. La nonchalance de l'atmosphère interpelle et tient éveillée l'attention du spectateur vigilant.

Le livre de Laura Kasischk est adapté par un réalisateur habituellement dévergondé. Sa cure de sobriété lui a réussi et ce petit film intimiste en est la preuve. En offrant un rôle gentiment borderline à Shailene, il lui ouvre de nouvelles perspectives. Elle si souvent propre sur elle (Divergente, Nos étoiles contraires) navigue dans des eaux plus troubles et finalement plus ambiguës. Face à une Eva Green habituée des rôles plus crus, elle se met au diapason et ce n'est pas inintéressant.

Cette évocation des années 80 dans une banlieue américaine lambda pourrait ne proposer qu'une énième variation sur le thème de l'american dream mis à mal et assoupi. Mais en partant de ce concept, le film le fait évoluer en y ajoutant des non-dits, du mystère, de la profondeur. Une mère de famille disparait, pourquoi est-elle partie? Pourquoi a-t-elle disparue? N'a-t-elle pas été supprimée? Aucun indice à l'horizon, juste l'existence de la famille restante, des flashbacks pour comprendre leur fonctionnement et leur manière de surmonter l'écueil.

Le film suit des variations mineures sur une atonie américaine, mais la mère disparue n'a jamais été aussi présente qu'absente. Et les questions s'amoncellent. Pourquoi tant de mépris pour son mari? Pourquoi si peu de raisons pour expliquer son éloignement psychologique et physique? Le mystère s'épaissit et le voile ne se lèvera qu'à la toute fin, éclaircissant toutes les zones d'ombre. Un peu comme un twist final un peu lourdaud, mais les questions s'amoncellent une fois le film fini. 

Et parler de longues minutes d'un film après son dénouement, n'est-ce pas la preuve de son intérêt? Cet oiseau blanc est donc tout à fait charmant et intriguant.

Écrire commentaire

Commentaires : 0