a vu "Whiplash" (4/5). "Kind of Blue" dans les oreilles, la lutte homérique entre l'élève et le maitre me semble maintenant plus apaisée, la paix des braves se fait au prix de mille souffrances et d'une perfection enfin atteinte. La bonne volonté du jeunot ne suffit longtemps pas à apaiser le jusque boutisme de l'ainé. La scène finale est flamboyante et fait décoller un film longtemps binaire et un peu mou. Une très bonne surprise de fin d'année, mais pas de quoi modifier mon top 20, désolé!

Andrew, 19 ans, intègre l'orchestre star de la Schaffer School, illustrissime école de musique de New York. Le chef d'orchestre n'est nul autre que Terence Fletcher, garde chiourme irascible et gardien du temple. Il va pousser son cadet aux limites de la folie... et finalement à l'excellence!

La passion du jazz vaut-elle la peine de tout sacrifier pour accéder au summum de la technique musicale? Sa petite amie, sa santé mentale et physique... le doute est longtemps permis. Le jeune Andrew a beau être considéré comme doué, plutôt bon derrière ses fûts, Terence Fletcher veut plus. Et pour cela, il ne demande rien, il exige, rompt les limites de la morale habituelle, malmène ses troupes. Le film est pendant longtemps une lutte silencieuse entre le jeune batteur et celui qui va devenir son mentor. Sans le recul ni l'expérience de l'âge, Andrew subit, encaisse, souffre, abandonne un temps puis repart de plus belle.

Ne rester qu'au niveau du combat n'aurait pas suffit à faire de Whiplash un grand film. Les mains en sang d'Andrew rappellent "Black Swan", le visage décomposé de Fletcher rappelle le Sergent Hartman de "Full Metal Jacket", la musique jazz sonne comme un bombardement au Napalm dans "Apocalypse Now". Lorsque le film musical se rapproche des tranchées du film de guerre, il atteint alors une dimension sublime. Et c'est lorsque tout semble fichu que l'élève se rebelle et malmène à son tour le maitre tétanisé. Comme les grands génies musicaux, ceux qui ont rompu les rangs pour se libérer (se délivrer?).

Ce moment final est d'une grâce proprement hallucinante. Comme me le susurre actuellement Miles Davis, le jazz est une musique impétueuse, au tempo complexe et aux arrangements obsessionnels. Grand fan un peu paresseux dans le rythme de mes découvertes, j'ai passé un moment longtemps musicalement agréable. Mais pour les 10 minutes finales, ce film vaut 100 fois la peine d'être découvert. Les applaudissements finaux de la salle ont majestueusement conclu une impressionnante séance.

La perfection est au prix de mille souffrances, d'une ténacité toujours renouvelée, d'une force de caractère au dessus du commun. Belle maxime!

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