a vu "Wadjda", film saoudien, au déroulé touchant et émotionnant donc idéal pour une séance de ciné, note: 5/5, oui j'ose, subtilité, finesse, émotion, et comme en plus j'adore le cinéma arabo-musulman, je suis aux anges.

Wadjda est une petite fille de 12 ans, dans la banlieue de Ryad en Arabie-Saoudite. Confrontée au quotidien d'une société complexe, elle ne rêve pourtant qu'à ce vélo qu'elle ferait tout pour acquérir, quel qu'en soient les sacrifices.

Enorme coup de coeur pour ce film unanimement acclamé par la critique, à raison pour une fois. A travers le quotidien d'une petite fille mimi comme tout et au caractère bien trempé, Haifaa Am Mansour (nom à retenir!) présente les spécificités inédites à nos yeux d'une société différente. Les moeurs, les règles, les conventions, tout semble lointain et décalé, c'est pourtant la norme et on a peine à y croire. A mon sens, loin de juger et de condamner, elle expose surtout the Saudi way of life, avec tant d'éléments qui paraissent néanmoins raisonner à nos oreilles comme du pur vécu: conflits parentaux? directrice d'école revêche? rêves d'enfant? Mais oui, cette petite fille pourrait vivre de par chez nous, et si tous les enfants s'habillent en noir, si les femmes sont voilées, si un homme peut avoir plusieurs femmes, qu'importe au final ce décor quand seul compte le rêve d'une petite fille pas du tout prête à se laisser dicter sa conduite. Et derrière les portes la vie reprend ses droits, la femme reprend sa place, la vie continue jour après jour. Les règles de vie en société n'annihilent pas les sentiments et les personnalités.

Le film navigue entre cette peinture sociale qui surprend d'abord mais fait petit à petit figure de norme (au sens de "normal") avec cette histoire si touchante, portée par cette formidable petite actrice. Multipliant les perspectives, le film agrippe le spectateur, ne le laissant jamais souffler. La société saoudienne, combien stricte et différente, est-elle au final plus liberticide qu'une société ultra-libérale? Question ouverte de savoir si les opposés ne se rejoignent pas... si loin si proche. 

Anecdote personnelle, ce film me rappelle le refrain d'une chanson de Sting, "Russian", qui en plein coeur de la guerre froide chantait " the Russians love their children too". Dans le même ordre d'idée, il y a fort à parier que les saoudiens aiment leurs enfants, aussi...