a vu "Viva la liberta" (4/5). Un grand moment d'intelligence et de subtilité. Toni Servillo confirme son talent d'acteur caméléon en jouant deux rôles avec à chaque fois la dose de justesse nécessaire. D'un sujet aride et pas funky, il livre une prestation d'exception. Pas le film le plus défendu de la semaine, quel dommage...

A la veille d'élections vitales pour le parti qu'il dirige, Enrico Oliveri décide de s'enfuir à la vue d'estimations très pessimistes. Le parti est désemparé et un de ses cadres à l'idée de remplacer Enrico par son frère jumeau Giovanni. Philosophe et fantasque, il remet le parti sur les rails pendant qu'Enrico fait son introspection. 

Mais quel régal que ce petit film franco-italien! D'un sujet politique abscons il s'élève vers une maxime sociétale et humaniste. En soulignant la fracture irrémédiable entre l'élite politique et le peuple, cette fable mi-potache mi-sérieuse tape juste. Avec humour et ironie, et le ton le plus humble du monde.

Toni Servillo se multiplie par deux, endossant le rôle de philosophe lunaire et porté par ses connaissances philosophiques pleines de bon sens, et le rôle d'homme politique désemparé à la recherche d'un sens à sa vie digne d'un gâchis monumental. Son interaction avec des seconds rôles eux-mêmes très justes est un ravissement.

Quant au discours non pas anti-capitaliste mais anti-sclérose et anti-pessimisme, il semble d'une limpidité évidente. Et devrait servir nos élites détachées de la réalité et concupiscentes. La crédibilité commence par le discours et le comportement. Les idées et une vision. On en est bien loin...