A vu « Un été à Osage County » (4.5/5). Film très « je vais me bientôt me tirer une balle dans la tête », grinçant, cruel, rêche, à faire passer le concept de famille pour un synonyme de «peloton d’exécution » ou « bain de piranhas ». Moralement plombant mais tellement bien joué… tous les acteurs sont impressionnants, à commencer par la grande Meryl, métamorphosée et habitée. Le scénario ressemble à une lente descente aux enfers, il faut s’y préparer. Amateurs de comédies débridées, je ne vous recommande pas ce grand moment de Pathos. Pour les autres, ce film intrigue, fascine, bouscule, choque. C’est grand.

La famille Weston se réunit à l’occasion de la disparition du père. Les 3 filles rejoignent leur mère avec le reste de la famille. Le grand déballage va commencer.

Ce type de film peut vite devenir roboratif. Les secrets longtemps enfouis et enfin découverts, les vérités tues pour être tout à coup jetées à la face, le malaise éclatant dans une grande explosion, l’accumulation a tôt fait de faire cliché, voire exercice de style. Une famille qui se déchire, américaine de surcroit… Dallas n’est pas loin. Je ne spoilerai pas le déroulement de cette catastrophe familiale carabinée, pointant juste la scène du repas comme une des plus mythiques scènes de dézinguage familial de l’histoire.

Pourquoi ce qui pourrait apparaître futile et grandiloquent ne l’est pas ? Par la grâce d’acteurs en état de grâce. Quasiment tous à contre-emploi, ils éclaboussent le film de leur classe. Meryl Streep transformée en mère acariâtre et aigrie, Julia Roberts terrifiante en vipère vindicative, Benedict Cumberbatch méconnaissable en petit garçon gentil, tous à l’unisson dans ce qui aurait pu couler assez vite sans une grande crédibilité générale. Exemple parfait pour tous les acteurs (français ?) qui répètent le même personnage ad nauseam. La prise de risque est maximale et l’humeur devait être électrique sur le plateau…

Le thème de la famille qui se déchire n’est pas un thème inconnu, surtout dans le cinéma américain. Aucun film ne me vient à l’esprit mais je suis quasiment sûr que « Un été à Osage County » va trôner pas loin du sommet du panthéon. Âmes sensibles, passez votre chemin, ce spectacle de famille en plein règlement de compte est bien triste. On peut ajouter aussi larmoyant, parfois insupportable de cruauté, inutile ? Si aller au cinéma doit enfoncer le moral, est-ce bien nécessaire ? Mais si le cinéma est un sacerdoce, ce film est une expérience qui ne laissera personne de marbre.