L'histoire de la SF d'exception s'enrichit d'un nouveau chapitre avec ce film intellectuellement stimulant et cinégiquement intelligent. L'AI a déjà aiguisé l'imagination de moult scénaristes, mais rarement avec autant de réalisme et de proximité. Certains films sont gratuitement geeks, celui-ci lance une pierre enthousiasmante dans la mare des possibles, espoirs et dérives inclus.

Johnny Depp interprète très sobrement Will Caster, un Steve Jobs du futur spécialiste de l'Intelligence Artificielle. Elaborateur de la première machine dotée d'un embryon de conscience, il ne compte pas s'arrêter là et compte développer les possibilités techniques de ses futures prototypes. Mais le futur proche voit l'éveil de groupuscules hostiles à l'édification d'une nouvelle ère technologique. Victime d'un attentat et promis à une mort certaine, Will Caster est "transcendé" par son épouse et sa conscience gagne accès à Internet. Jusqu'où ira sa conscience digitalisée?

Premier point, ce film est destiné aux amateurs de SF à l'eau de rose. Le génial inventeur et son épouse aimante sont le fil rouge de ce thriller futuriste. Certains critiqueront l'abscons propos futuro-technologique, d'autres ne se relèveront pas de l'histoire d'amour cheesy. Mais loin de se parasiter l'un l'autre, ces problématiques densifient la portée du film. Et si on ajoute le risque lié à l'adage bien connu "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", on aboutit à une envoutante thèse, quasi philosophique. Le film parle au coeur et à l'esprit, que demander de plus?

J'admets que le jeu d'acteur est limité, les effets spéciaux sont certes efficaces mais sans surprises, mais que l'intérêt scénaristique est séduisant! Construit comme un thriller à tiroirs, le film n'offre aucun répit et multiplie les pistes. Le Géo Touvetou électronique est-il animé d'intentions malfaisantes? Son épouse va-t-il le sauver de la déconnection? Les anti-technologie sont-ils d'archaïques terroristes ou au contraire des apôtres de la sagesse? L'intrigue réservera quelques surprises...

Comme souvent dans les bons films, le blanc et le noir se mêlent pour aboutir à un gris flou et dangereux. L'équilibre entre avancée technologique et omnipotence est fragile et peut tendre à la confiscation nuisible d'un pouvoir absolu. Le vieux sage Morgan Freeman joue le partisan de la modération, comme souvent, sans surprise. Vouloir le bien de l'humanité ne justifie aucun impérialisme technologique, les rêves se transforment trop vite en cauchemar quand ils sont imposés.

Le long métrage va assez loin dans le défrichage des pour et contre technologiques. On se prend à rêver à toutes les possibilités offertes par une technologie consciente et intelligente. Que de grandes avancées, que de développements médicaux ou sociaux. Le suspens justifie l'adjonction d'un Johnny Depp à ce qui ressemble à une théorie fascinante sur l'avenir de l'humanité. Avec ses avantages et ses dangers.

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