"Timbuktu" (3,5/5) avait défrayé la chronique lors du dernier festival de Cannes. Plus belle pépite de la sélection officielle pour certains, son oubli du palmarès avait déçu grand nombre de cinéphiles charmés par cette plongée iconoclaste à la beauté formelle virginale. Les moeurs sont rurales et agraires, les plaisirs sont simples et authentiques, la charria imposée par des islamistes n'en est que plus incongrue et grossière. Quand une collectivité vit déjà chichement et se fait régenter par des fous de Dieu, les règles sont au mieux décalées, au pire injustes. Forcément injustes. 

Dans un éden de sable et d'eau, la communauté malienne de Tombouctou se voit interdire la musique, le football, les cigarettes. Le voile est imposé, les femmes sont persécutées, les jugements rendus sont expéditifs. Quand un petit groupe détient des armes, le plus grand nombre en subit les conséquences.

Connaissant le féminisme exacerbé de Jane Campion, je comprends mieux l'oubli de "Timbuktu" du palmarès. La dénonciation n'est pas occidentalisée et reste confinée à un contexte avant tout local. Difficile de s'approprier une dénonciation aussi lointaine et de partager des valeurs aussi différentes, la Nouvelle-Zélande est bien loin du Mali. Et pourtant... s'approprier l'incrimination d'un fonctionnement absurde n'est pas bien difficile et le comprendre permet de toucher à l'universalité. Jane se serait-elle contentée d'un regard flou sur un témoignage pourtant actuel? Ostracisme? La vie de la femme du désert n'intéresse pas la femme néo-zélandaise. C'est bien triste. La simplicité des plans n'empêche pas la profondeur des sentiments, elle l'exalte même. La femme turque a ce je ne sais quoi d'accessible sans son voile et avec ses longs regards silencieux. "Winter sleep" a ses qualités et on comprend que ses accents intellectuels aient pu toucher à raison le jury. Mais face au dépouillement malien, l'intellectualisation turque semble bien superficielle... l'exercice de style prend le pas sur la simplicité, c'est un choix.

Dans une ville du désert, le paysage se compose de maisons de terre, le désert est voisin et jonché de tentes de touaregs, le commerce du poisson prévaut et la richesse principale tient dans les troupeaux de vaches. Une impression de liberté ressort des premiers plans, très vite rendue illusoire quand les images d'AK-47 montrent le joug de quelques illuminés sur une communauté entière. Les règles sont imposées au pied de la lettre et sans recul aucun. Ce n'est pas la critique d'une religion mais de son interprétation. Le réalisateur montre fort justement des discours contradictoire parlant d'ouverture et de tolérance, de la signification profonde des paroles de Dieu. La religion n'est pas critiquée, c'est son application top humaine qui est mise en abime. Quand elle devient un instrument à la solde de quelques uns contre le plus grand nombre, elle devient un instrument de pouvoir forcément injuste.

Qui se manifeste dans tous les aspects du quotidien. C'est une poissonnière qui doit porter des gants, des footballeurs privés de ballon, des mélomanes privés de musique. Et une résistance passive bien réelle s'instaure. La poissonnière met les djihadistes face à leurs contradictions, les footballeurs jouent sans ballon, les mélomanes continuent de chanter sous le fouet. A côté de ces manifestations authentiques du mécontentement général, Adberrahmane Sissako illustre aussi les risques bien plus extrêmes de l'application de la charria. Ce sont deux amants qui sont lapidés, c'est un touareg qui est exécuté tandis qu'un djihadiste illustre les contradictions bien humaines d'hommes pas plus parfaits que les autres. Fumeur, libidineux, la religion est son instrument pour acquérir le pouvoir.

La nature suit ce petit théâtre de la vie avec recul. Imperturbable, belle, majestueuse. Les 4x4 dévalent les dunes, les pêcheurs ramassent le poisson, les vaches s'ébrouent, un paysage si harmonieux n'empêche pas la répression et la bêtise. Au milieu de nulle part, il n'y a pas de plancher de richesse assez profond pour tenter de l'accaparer. Le tableau brossé est captivant, simple, profond. Les coutumes sont tribales anciennes, mais forcent le respect. On a eu "Mon nom est Tsotsi", on a un cinéma arabe-musulman, le continent noir a quelque chose à nous dire. Ecoutons le.

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