a vu "The Canyons" (4/5). Ultime mise en abime de l'american way of life avec tous ses excès et sa perte de réalité? Vision complaisante d'une upper class toute baignée de stupre et de coke? La réponse n'est pas dans le film mais dans l'oeuvre toute entière de Bret Easton Ellis. Paul Schrader ne fait que retranscrire la vision tourmentée du génial écrivain et ce film en est le parfait aboutissement. 

Christian et Tara forment un couple débridé. Producteur de films, Christian choisit comme acteur principal Ryan, un jeune loup débarqué de son Michigan natal et dont la copine n'est autre que l'assistante de Christian, Gina. Entre les 4 va se former un vaudeville californien complexe.

Bret Easton Ellis est un immense écrivain américain connu pour sa vision toute personnelle de la modernité, intimement liée au sexe, à la drogue et au vide existentiel qui en découle. "The Canyons" est une synthèse idéale de ses plus grands succès: American Psycho, Moins que zéro, Glamorama, Lunar Park. Pour comprendre vraiment ce film, sa logique, ses excès et ses extrémités, inutile d'aller plus loin si vous n'avez pas lu tous ces ouvrages.

L'univers de Bret est construit sur l'argent, beaucoup d'argent, cet argent qui loin d'apporter le bonheur creuse l'insatisfaction de ses possesseurs. Le vide qui en résulte est un corollaire au mépris de ses semblables, à la soif de risque et à la somme des plaisirs qui lui sont liés. Dans toutes ses oeuvres, Bret fait preuve d'un cynisme aussi haut que les tonnes de coke inhalées. Ses héros sont sublimes à l'extérieur et putrides à l'intérieur, ne cherchant que leur bon plaisir quitte à humilier, oublier, séduire ou occire. Les loups n'ont pas d'empathie entre eux, ou alors en rapport exact avec la quantité de chaire humaine à être ingérer.

James Deen (acteur X vaguement ressemblant de James Franco) et Lindsay Lohan (boursouflée, fatiguée, victime collatérale des excès de sa vie) jouent à la perfection ces deux rebuts de l'espèce humaine, tellement bien qu'on se demande dans quelle mesure ils ne jouent pas leur propre rôle. Le premier est un pygmalion sans vergogne qui apporte le confort à son amie et jouit d'une concupiscence dans laquelle la pauvre Lindsay plonge sans mot dire. Tant de recherche du stupre et si peu de satisfaction, la logique du film laisse songeur sur l'aveuglement du héros Elisien. 

Difficile de résumer l'intrigue sans spoiler, les 4 personnages principaux s'entrecroisent et se déchirent, s'aiment et se haïssent, typique d'un "Glamorama" des familles. Les "Tu ne comprendras pas" ou "Je ne peux rien te dire", typiques de Bret, fleurissent toutes les 5 minutes, épaississant le mystère d'une intrigue à la croisée du Porno soft, du film noir et du soap opéra. Ce mix est un équilibre précaire que le film parvient à garder tout du long.

Film choquant pour beaucoup, mais une tentative heureuse de suivre le sillon de la logique de Bret Easton Ellis, et dans ce sens c'est une vraie réussite.

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