a vu "Saint Laurent" (3/5). Les démons du grand couturier hantent ce film bancal et fascinant à la fois. Des personnages hypnotiques et d'autres sans relief entourent un Gaspard Ulliel attirant et finalement solitaire, perdu sur sa montagne face à l'immensité de sa créativité. 2h30, c'est 40 minutes de trop qui perdent le spectateur par ce qui ressemble soit à de la complaisance, soit à du remplissage, soit à de l'expérimentation sans profondeur. Mais le reste du temps, quelle belle oeuvre d'art! Tout le drame du film de Bonello: je repense sans cesse aux scènes ensorcelantes avec un sentiment de trop peu. De tels élans magiques appellent à la perfection. Mais nous n'en sommes hélas pas là.

Yves Saint Laurent de 1967 à 1976, période charnière d'une carrière parfois chaotique mais si souvent proche des sommets. Sa vie personnelle en fut un reflet exact, remplie de bonheurs sans nuages et de mirages sans ombres.

Des deux Saint Laurent de l'année, celui-ci est le moins académique mais finalement aussi le moins touchant. Le premier atteignait des sommets d'émotion avec un duo d'acteurs épatants, donnant à l'existence de Saint Laurent des airs d'Odyssée. Ce Saint Laurent-ci est un être tout aussi torturé mais livré plus crument à l'oeil des spectateurs. Il tente de se rapprocher de ses semblables mais toujours incapable de se départir d'un mal être qui ne le quittera jamais. Gaspard Ulliel lui donne des attraits sexys et captivants que Pierre Niney avait peine à atteindre. Niney était peut être plus mimétique mais moins envoutant.

Le film alterne entre plans fixes un peu pépères (caméra fixe, rythme assoupissant, ennui palpable) et effets visuels éblouissants. Le défilé de 1976 est un grand moment de cinéma, la rencontre avec Jacques de Bascher restera un souvenir mémorable. Parlons en d'ailleurs, l'apparition de Louis Garrel est la classe absolue. Avec sa petite moustache, son noeud pap' et son costume blanc, sa démarche nonchalante et assurée, il explose l'écran. Cette relation, rapidement envoyée dans le premier opus, tient ici une place centrale, dévoilant l'hédonisme de Saint Laurent. La classe incarnée vous dis-je...

Loulou de la falaise et Pierre Bergé sont en retrait (surtout comparé à la prestation de Gallienne pour le second), c'est plutôt Aymeline Valade en Betty Catroux qui attire l'oeil durant une scène de danse reptilienne au Regine's. Le couturier cherche l'exception, le haut du panier, le bigger than life. Le commun ne l'intéresse pas, il se construira une garde rapprochée qui lui restera fidèle mais sans l'émanciper de sa solitude. 

Des moments délicieux, pas mal de vide, une impression finale mitigée mais avec le sentiment d'avoir assisté à des instants inoubliables. Des instants, pas un film. La mise en scène et le montage sont marqués du sceau de la classe et de l'élégance. Ne manque qu'une cohérence d'ensemble. Le film est reparti bredouille de Cannes... ceci explique-t-il cela?

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