a vu "Respire" (3/5). Mélanie Laurent creuse le sillon de sa jeune carrière de réalisatrice avec un second opus sensible et pervers. Une adolescente prise au piège d'une amitié destructrice s'enfonce dans le gouffre béant de l'amertume. Les montagnes russes des sentiments font alterner langueur, excitation, désillusion et ressentiment. En privilégiant un réalisme dénué de tout artifice, l'inoubliable Shosanna d'Inglorious Basterds insinue le malaise par petites touches jusqu'à provoquer le drame final. C'est finement amené, on ressort abasourdi de ce film et passablement mal à l'aise. 

 
Adolescente dans la dernière ligne droite avant le bac, Charlie (Joséphine Japy) révise au coeur d'un environnement familial compliqué. Mère dépressive (Isabelle Carré), père absent. L'irruption dans sa vie de Sarah (Lou de Laâge), une nouvelle élève culottée, gonflée mais mythomane, va chambouler son existence.
 
Le tableau initial d'une adolescence ordinaire dans une banlieue lambda pose un cadre paisible sur une jeunesse à une époque indéterminée. La jeune Charly est une élève douée, avec des amitiés sans grand relief ni exacerbation aucune. Si ce n'est dans le cadre familial, où les pleurs et les cris s'accumulent. Une mère fantasque et passionnée pollue sans le savoir l'esprit de sa fille par ses sentiments étalés au grand jour. Car à l'opposée des déchainements toxiques de sa génitrice, Charlie vit dans la placidité. Réaction propice à la quiétude intérieure face aux enjeux qui se profilent à l'horizon. On comprend a posteriori ce parti pris réaliste initial, l'esprit du spectateur somnole tranquillement et s'endort avant la montée de la crise.
 
Dans cet environnement sans passion, Charlie va se voir offrir ce qu'elle attend au plus profond de son coeur sans le savoir. Une nouvelle élève bien sous tout rapport s'acoquine de sa nouvelle voisine de classe, lui offrant l'échappatoire tant espérée. Sarah et Charlie partagent les fous rires et les confidences. La mère de la première travaille en Afrique dans une ONG, sa fille voit la vie en rose fuchsia et éclabousse Charlie de sa force vitale contagieuse. La deuxième étape du film est aussi excessive que la première était banale. le spectateur légèrement assoupi se réveille et sourit devant cette vie qui prend des atours inespérés. Après la nuit la plus noire vient l'aube. Mais Shosanna a plus d'un tour dans son sac... l'irruption d'amitié provoque le vertige, floute les repères, mais connait-on jamais réellement quelqu'un?
 
Une scène fondamentale du film traite d'un cours de philosophie sur la passion. Ce qu'elle apporte, ce qu'elle enlève. Cette scène initiale était un avertissement. Le lâcher prise dans les relations humaines affaiblit les défenses, la confiance excessive appelle 
la vulnérabilité. Sara se révèle une manipulatrice adroite et elle tirera profit de l'obsession pathologique de Charlie. Prise au piège, Charlie étouffe. Le titre du film fait référence à son asthme endémique, qu'une bouffée de Ventoline apaisera de plus en plus souvent. Cet asthme handicapant, c'est tout aussi bien la pathologie que Sarah, tous deux emprisonnent Charlie dans leurs serres. La troisième étape est douloureuse, on comprend l'enfermement progressif de Charlie en elle-même, découragée face aux piques de son ex-meilleure amie, qui souffle un peu de chaud mais beaucoup de froid sur la pauvre victime. La colère monte, le ressentiment reste tapi dans l'ombre, bien présent.
 
Tandis que la fille sombre, la mère reprend des couleurs, profite d'une accalmie salvatrice, l'empêchant de rester aux aguets face au malaise grandissant de sa fille. La banlieue lambda initialement exposée devient un lieu de combat et de pesanteur. Charlie n'espère qu'une réconciliation, elle qui comprend ce qu'est réellement la vie de Sarah. Mais les enfants son cruels et Sarah n'est au fond qu'une sale gosse aigrie et fantasque. La chute sera dure. Postée dans une posture d'attente, passant l'éponge sur les vexations récurrentes, Charlie voit ses notes baisser et son asthme s'imposer. Respirer devient de plus en plus vouent difficile.
 
Shosanna dresse le portrait d'une amitié d'abord ambiguë puis toxique puis presque létale. Tandis que le générique de fin apparait sur l'écran, le spectateur reste abasourdi. Preuve que le film, même si parfois caricatural, touche au plus profond de l'être. Les promesses déçues et le couperet final laissent tant de regrets que l'on comprend que le film, en appuyant là où ça fait mal, ne pourra pas laisser indifférent. Bel exercice de style, parfaitement maitrisé, ce qui augure d'une belle carrière de réalisatrice.

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