Réalité a  tout de l’OVNI cinématographique. Histoire impossible à résumer, scénario périlleux à analyser, déroulement tortueux et ubuesque, la vérité est ailleurs. Quentin Dupieux invoque David Lynch, la psychanalyse et le surréalisme pour ausculter les affres de la création. A mi-chemin entre fascination et scepticisme, le spectateur se laisse embarquer dans un récit sans cul ni tête. La quête de sens est secondaire, seul compte le voyage délirant, avec ses personnages barrés et ses nombreuses déviations.

Jason, cameraman sur une émission culinaire, a un scénario de film dément: les êtres humains succombent aux rayons émis par les téléviseurs serial killer. Surexcité par son pitch, il le propose à un producteur immédiatement emballé. Seule condition : Jason a 48h pour trouver le cri qui tue et ainsi signer le contrat.

L’idée de départ ne dépareillera pas dans la filmographie de Quentin Dupieux. Le pauvre Jason (Alain Chabat) doit se démener pour trouver un mirage, le cri parfait qui convaincra son producteur et changera sa vie. La quête du cri qui tue a tout du miroir aux alouettes, du prétexte pour chercher quelque chose d’inédit. Qui pourra juger du gémissement ultime, du beuglement parfait?  Le cri devient une métaphore du processus créatif. Comment trouver quelque chose qui existe déjà ? Les films d’horreur regorgent de cris, de gémissements, d’expressions d’atroces souffrances. Comment faire du jamais vu quand tout a déjà été fait ?

Réalité imbrique adroitement une galerie de personnages sans liens apparents pour les faire se rencontrer et interagir. Une petite fille qui trouve une cassette vidéo dans les entrailles d’un sanglier, un prof qui s’habille en femme, un cameraman ahuri hypnotisé par son rêve fou de gloire, un producteur hyperactif, un présentateur qui se gratte frénétiquement à cause de son costume de rat. Leurs histoires se rencontrent subrepticement tandis que Jason cherche son fameux cri qui tue. Colonne vertébrale du film, elle s’accompagne d’une musique répétitive stressante de Philip Glass (Music With Changing Parts). Mr Oizo délaisse ses platines et se concentre sur la réalisation, on ne retrouvera pas les morceaux de techno allemande de Wrong Cops. Ni son humour. Réalité n’est pas une farce déjantée, plutôt une tentative d’aller plus loin que les films lambdas.

Le film de Jason devient un film dans un film dans un film, mise en abyme de l’image et cauchemar ultime pour son petit esprit limité. Les personnages deviennent des caricatures et le spectateur est invité à s’élever au-dessus des scénarios linaires habituels. Quentin Dupieux mélange tout, ajoute un peu de non-sense et livre un film complètement décalé. J’avoue ne pas avoir trouvé la clé de ce scénario à tiroirs, mais peut-être n’y en-a-t-il pas. Seul compte ce sentiment diffus d’être complètement largué. Le visionnage devient une expérience, que je ne renouvèlerais personnellement pas. La surprise peut vite se muer en défiance, je ne tiens pas à passer à cette étape.


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