a vu "Persona" d'Ingmar Bergman et c'est d'entrée un des films de ma vie. Je le note 5/5, il faut que je le revoie rapidement pour saisir tout ce qui m'a échappé. La densité de chaque plan ne semble pas du tout tenir au hasard, les images sont visuellement fascinantes et philosophiquement remplies de significations. C'est un plaisir pour les sens. 

Une actrice connue s'enfonce dans un silence inquiétant qu'une longue hospitalisation n'a pas réussi à guérir. Déclarée saine de corps et d'esprit, une infirmière dévouée l'accompagne pour une cure de repos sur la côte. Les rapports entre les deux femmes vont se transformer petit à petit vers une relation mystérieuse et ambiguë.

Je suppose que ce film est à l'origine de la réputation d'intellectualisme forcené et ennuyeux de son réalisateur. Les plages de silence alternent avec des discussions absconses et des flots d'images déversés sans signification particulière. Définir le cinéma de Bergman comme un cinéma sérieux et intellectuel est vrai. Pas de divertissement et de roulades par terre. Mais mon Dieu quelle profondeur, quelle densité, quelle construction! Si vous avez le courage de vous concentrer durant 1h30 sur un film retors mais hypnotisant, ne vous laissez pas décourager. Ce film est un chef d'oeuvre définitif. Et les images sont d'une beauté...

L'étrange relation entre l'infirmière et sa patiente, faite d'intimité et de mimétisme troublant, évolue au fur et à mesure des paroles de l'infirmière, des silences de l'actrice, des songes et des fantasmes. L'interaction quotidienne accouchera de nouvelles femmes, de nouvelles visions, de changements profonds. Les regards changent tandis que les attitudes convergent, que les vêtements se confondent. Le rapprochement avec la dialectique maitrise/servitude fait sens, mais de manière constante et incessamment renversée. Les secrets deviennent des vérités, les lois aboutissent à des exceptions. 

Tout comme l'espace nous prive de pesanteur, Bergman abolit les repères et offrent de nouvelles perspectives. A la manière d'un Picasso ou d'un Braque pour la peinture, le cinéma devait passer par Bergman pour sauter dans une nouvelle dimension. Affranchi des lois de la narration, Ingmar multiplie les pistes, n'en expliquant véritablement aucune et laissant le spectateur se faire son opinion, sa vision, son film. 

Tout de suite, j'ai surtout envie de revoir le film pour clarifier mon analyse. Un cycle Bergman avec 7 films en versions restaurées passent au Lincoln sur les Champs-Elysées à Paris. Je ne peux que vous conseilleur la découverte de ce grand théoricien du cinéma, à la hauteur d'un Kubrick (c'est du moins ce que je me dis après 3 films vus sur 7).