a vu "Pasolini" (3/5). Abel Ferrara rend hommage au réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, contestataire radical à la parole libre et sulfureuse. L'oeuvre du penseur transalpin est abordée du petit bout de la lorgnette, des extraits de "Salo ou les 120 jours de Sodome", une interview rapidement envoyée où il expose sa pensée sur le consumérisme naissant, des références de ci de là, un Willem Dafoe au mimétisme troublant, mais c'est un film avant tout décevant. Aride pour les non initiés, partiel pour les connaisseurs. A vouloir contenter tout le monde, Ferrara rend le personnage distant et opaque. Pas de quoi se lancer dans la découverte du maitre après le film. Et pourtant...

Le 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini meurt sauvagement assassiné (la version véritable est d"ailleurs bien plus sordide que celle exposée dans le film). Sa dernière journée est abordée de son réveil à son trépas.

Il y a tant de choses à dire sur cet homme pétri de contradictions mais d'une cohérence folle. Resté fidèle à son Frioul natal, auteur de premiers ouvrages en Frioulan, arrivé tardivement au cinéma, auteur d'une dizaine de films tous aussi singuliers les uns que les autres, attaqué lors d'une soixante de procès pour atteinte aux bonnes moeurs (tous gagnés), Pasolini a été un des premiers à remettre en cause le consumérisme naissant et la bourgeoisie dans ce qu'elle a de plus malhonnête. Un personnage, un vrai, qui méritait un film à sa hauteur, à son image, à sa stature.

Abel Ferrara ne donne pas la profondeur nécessaire à l'ampleur qu'aurait méritée Pier Paolo Pasolini. On touche du bout du doigt se raideur, ses rigidités mais aussi son aura. Le grand amour de sa vie, Ninetto Davoli, fait une apparition en hommage à son mentor. Apparu dans la trilogie de la vie notamment, il réapparait avec des boucles non plus brunes mais blanches et toujours son immense sourire. L'acteur italien montant Riccardo Scarmacio (Eden à l'ouest, l'amour a ses raisons, Gibraltar...) apporte un air interloqué face à Ninetto, comme dans "Des oiseaux, petits et gros" où Ninetto interprétait le cadet en 1966.

Willem Dafoe interprète avec une ressemblance troublante Pasolini. Lunettes noires immenses sur le nez, visage taillé à la serpe, italien raffiné, postures renfermées, il campe avec brio le futur défunt. Seule ombre au tableau... tout cet anglais dans le texte, c'est alambiqué, invraisemblable, illogique, artificiel, on imagine pas Pasolini parler à sa mère dans la langue de Shakespeare. Ou à des restaurateurs. Bref. Gros gros point négatif. 

Mais là où le film convaincu (un peu), c'est dans cette posture en retrait du réalisateur, que j'imagine en tension permanente, à perpétuellement réfléchir et prendre du recul sur les choses. Jamais à l'arrêt, il a creusé inlassablement le sillon d'une certaine vérité, celle de l'homme véritable et honorable. On le sent très bien dans le film.

Mais Abel Ferrara n'ose pas l'exubérance, la passion, le bigger than life. Le tim est esthétiquement très beau avec tous ses clairs-obscurs mais aride et renfermé. Pas de quoi faire un hommage de qualité avec autant de retenue. Je ne connaitrais pas Pasolini, ce film ne me donnerait pas envie de le découvrir. Et c'est bien dommage. L'exposition récente à la Cinémathèque Française m'avait fait chavirer et donner envie de creuser toujours plus la connaissance de cet immense penseur et cinéaste. C'est exactement ce qu'on serait en droit d'attendre de ce film. Un peu raté.

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