A vu « Only lovers left alive » (3.5/5). Le dernier film de Jim Jarmush était une belle arnaque sans intérêt. Lancinant, creux, arty. « Limits of Control » ne contenait que du vide, de l’incohérence, de l’invraisemblance, parfait pour la critique parisienne. Une torture, je me sentais complètement roulé dans la gadoue. Fort heureusement, OLLA revient aux bonnes habitudes, avec un scénario, une ambiance, de la musique. C’est hypnotisant comme un conte des mille et une nuits. A voir absolument.

Eva et Adam sont deux vampires multicentenaires. La première vit à Tanger, le second à Détroit. Leurs vies s’étirent à l’infini, les privant d’un intérêt vital. L’approvisionnement en sang rythme leurs journées et leur ennui. Le jour où Eva décide de rendre visite à son amour éternel, la sœur de celle-ci, Ava, s’invite pour leur plus grand malheur.

Quel plaisir de retrouver Jim en forme ! Le film regorge de dizaines de références passionnantes, égrenant le film comme un chapelet du bonheur. Les différents âges humains sont revisités à l’aune de mythologies antédiluviennes, qui gagnent ici un supplément de sens, une immédiateté. Les liens se dessinent, au contact de vampires précurseurs et forces motrices de l’humanité. Fascinant que d’imaginer des sens cachés à l’histoire humaine… de prédateurs romantiques et serial killers (cf Twilight), les vampires revêtent l’habit d’êtres supérieurs, intelligents à l’extrême et noués aux siècles humains. Les mythologies sont égrenées au fil de discussions passionnantes. 

Comme souvent chez Jarmush, la musique prend ici un sens particulier, une profondeur noire et terrifiante. Assez proche des morceaux de Mogwai, leurs ondes funèbres ressemblent à un Requiem. Les références aux musiques des 50’s et 60’s sont nombreuses et adoubent ces vampires comme des enfants du siècle. Des vampires avec du gout, non pas prédateurs mais précurseurs, non pas avides mais précautionneux, on évite la galaxie « Twilight »… et puis Tilda Swinton a plus de classe que l’autre qui fait toujours la gueule.

Après une première heure enthousiasmante, le film se délite quelque peu à la 2e heure tandis que la sœur (sans intérêt) apparaît pour tout foutre en l’air. Tête à claque digne des séries américaines, elle témoigne de la perte de Grinta de Jim, incapable de garder une cohérence tout du long. Mais qu’importe, il se rattrape à la fin et sauve le film du gâchis potentiel. Et au final, j’en garde cette impression de puissance et d’acuité intellectuelle.