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"Drive" était l'apéritif. "Only God forgives" se devait d'être la consécration d'une complicité siamoise réalisateur/acteur, de la Magic Touch de Nicolas Winding Refn, de talents fusionnels nappés de violence et de magnétisme, d'une béatification en règle rien de moins. Toujours plus, toujours mieux, la pression était trop forte. Au final, une tentative de renouvellement dans la continuité, un esthétisme ensorcelant, mais un essouflement dans la formule magique, le nirvana attendu n'est pas atteint, et la déception guette malgré les qualités intrinsèques du film. 

 

Julian (Ryan Reynolds) est entraineur de Boxe Thaï à Bangkok avec son frère Billy. Mais Billy a des démons intérieurs, qu'il paiera cash. Lorsque leur mère (maquerelle? fascinante Kristin Scott-Thomas) débarque pour réclamer vengeance, l'affaire se met à dérailler. En face d'eux, un flic (à la retraite?) monolithique, imperturbable, invincible va les affronter. Sans pitié.

 

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Attendu comme le film de la décennie, OGF trébuche. Fournir des chefs d'oeuvre à la pelle est une gageure, même pour le génie danois. L'histoire jugera, mais "Drive" sera une vraie étape clé, là où OGF n'endossera que le rôle ingrat de pâle copie.

 

NWR aime filmer la nuit et recouvrir ses acteurs de clairs obscurs maléfiques. Ceux de Bangkok hypnotisent. la ville devient un lieu aux possibilités de vie et de mort infinies. RG déambule constamment dans des couloirs hantés de spectres, des goules affamées semblent attableés aux troquets de Bangkok, le club de Boxe Thaï revêt les apparences d'un donjon maudit. Peu de chances de confondre, Disney n'a pas produit le film.

 

3 personnages principaux évoluent dans la ville fantomatique. Julian (RG) est taiseux, spectateur pendant longtemps, peut-être impuissant au sens propre, ce qu'on comprend quand on voit sa mère. KST joue ici un des rôles de sa vie. Bimbo blonde aux allures de succube meurtrière, elle n'épargne personne de sa soif de vengeance. Son langage cru est direct comme une balle de revolver. Son regard fixe semble découper en lamelles ses interlocuteurs. Le flic, joué par un Vithaya Pansringarm inconnu du public occidental, est le vrai socle du film. Visiblement encensé par des ex-collègues flics en admiration devant lui, il incarne le bras aveugle de la justice. Sans justification, il règle les comptes. Car la famille Julian/Billy/KST est une famille de psychos. VP est l'ange de la mort, au sabre tranchant comme un scalpel, et à la pitié... inexistante. Les séances de Karaoké auxquelles il se prête font sourire mais mettent l'accent sur une voix "angélique". Mi-Bruce Lee, mi-Samouraï, mi-archange, il est la vraie découverte du film.

 

Le rythme lent, pesant, hypnotique pèse assez rapidement. Les regards même appuyés lassent, car déjà vus dans "Drive". Les mouvements de caméra artistiques n'empêchent pas de penser que tout celà sent un peu le plan arty factice et superficiel. Fascinant certes, admirable certainement, mais pas à la hauteur de ce qu'il devrait être. OGF a la gratuité chevillée au corps de l'exercice de style creux. Pas un voyage dans le monde du rêve, juste une pâle copie.

 

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Note: 3/5, film d'une qualité bien supérieure à la moyenne, mais à trop attendre, on risque d'être déçu. KST est époustouflante, VP est une belle découverte, mais le film ne restera pas dans les annales... alors qu'on en attendait beaucoup plus. A tort certainement.

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