vu "Mommy" (3,5/5). Deux jours une nuit, Jimmy's Hall, Maps to the Stars, The Homesman, Sils Maria, Winter Sleep, Leviathan, Saint Laurent, le Festival de Cannes 2014 fut un bon cru si j'en juge par la qualité des films visionnés. Mommy ne déroge pas à cette tendance et grimpe sur le podium avec brio. Derrière Sils Maria mais devant Winter Sleep, Mommy remporte une belle médaille d’argent subjective grâce à son savant mélange d’émotions brutes et de scènes touchantes. L’équilibre est subtil et le film atteint complètement son but, on est transporté devant tant de générosité.

Une veuve monoparentale excentrique, son fils bipolaire hyperactif, une voisine traumatisée, ce trio va naviguer entre grandes joies et peines abyssales. pour trouver une place dans ce monde cruel 

Xavier Dolan ne se fait plus un nom, il est bel et bien dans la place et reconnu à sa juste valeur. Le prix du jury reçu à Cannes est une belle médaille de bronze (après la palme et le grand prix pas encore vu car prévu en février 2015). Equilibriste émérite, il privilégie l’émotion brute et sans filet. Les rires, les cris et les injures sonnent justes et toucheront le coeur de pierre le plus endurci. La navigation est mouvementée, traversant d’intenses tempêtes et de flamboyants paysages. C’est un beau voyage que propose Xavier Dolan.

Dénommé « Maman », le film ne se concentre pourtant pas uniquement sur l’évocation de la mère courage mais également sur l’allégorie du vivre ensemble en milieu hostile. Le jeune Steve est une boule de nerfs incontrôlable. A la frontière de l’hyperactif et du bipolaire, il alterne les bons jours et les humeurs violentes. Dolan en fait un titan moderne à fleur de peau, à l’empathie à géométrie variable. Tantôt attachant, tantôt agaçant, il mène son monde à la baguette et sa mère en bourrique.

Cette mère au fardeau que la vie n’a de cesse d’alourdir. Un mari trop tôt disparu, un fils psychologiquement instable, des revenus hiératiques, une existence bancale, rien n’abat pourtant sa soif de vivre. Mais un tel personnage existe-t-il dans le monde réel? Le duo foutraque qu’elle forme avec son fils attirera irrésistiblement une voisine fragile et bégayante. Elle s’animera à leur contact, comme un papillon attiré par la lumière. Avec le risque de s’y bruler. Le trio formé animera un film souvent parfait et jamais surfait. Ni surjoué. La performance des trois acteurs ensorcèle et épate. La magie du réalisateur, entrevue dans « Laurence anyways » ou « Tom à la ferme », apparait par intermittence. La difficulté d’entretenir la magie deux heures durant sans discontinuer n’amoindrit pas la qualité du film. Il atteint des sommets sans jamais décevoir.

Le canada livre des auteurs de feu. Denis Villeneuve et son « Incendies », Jean-Marc Vallée et son « Crazy », Ken Scott et son « Starbuck », Xavier Dolan s’inscrit sans difficulté dans un cinéma de l’émotion et des vertiges. Patrick Huard de « Starbuck » fait d’ailleurs une apparition et entretient ce qui fait le sel de « Mommy »: la passion de l’être humain, dans ses limites et son acharnement pour exister.

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