a vu "Michael Kohlhaas" (3/5). Film sombre, film taiseux, cette reconstitution aride des Cévennes au XVIe siècle est un long moment de silence parcouru de courts dialogues et d'une inévitable fatalité. A une époque où l'épée fait régner l'ordre, il n'est pas bon de se faire justice soi-même, sans l'approbation du roi. Ou de Dieu.

En voulant se faire justice, le marchand de chevaux Michel Kohlhaas (joué par le toujours impeccable Mads Mikkelsen) respecte ses principes mais usurpe l'autorité royale. Le film est à lui seul un concept. Peu de dialogues, beaucoup de regards torves, des personnages caricaturaux, une époque où la survie est un combat quotidien. Loin des strass de la cour, les seigneurs locaux guerroient à l'envie. La loi du plus fort remplace la loi du plus juste, la justice n'est qu'une notion floue, laissée à l'arbitrage du roi.

Le fond sonore parsemé de mélodies lugubres fortes en graves (violes, tambours) accommode harmonieusement un paysage visiblement hostile, composé de landes défraichies, d'impitoyables forêts et de pierres millénaires. Dans cette terre lunaire, il n'est point de salut à espérer. Et que dire de la crasse, des odeurs que l'on imagine fortes et insupportables. Les gueules sont cassées, les sourires de travers, les yeux embués de larmes.

On a mal pour Mads, qui perd tout et gagne si peu. Sa foi en la justice ne triomphera que pour le principe, emportant avec elle ses illusions et sa tête. Et beaucoup de proches.

Note: 3/5, c'est réussi, ça sent le sapin, un film concept fort en bouche. Pas passionnant, mais tellement bien fait qu'il remporte les suffrages.

Écrire commentaire

Commentaires : 0