A vu « Melaza » (3/5) en avant-première presse au Club Marbeuf (sortie le 16 avril 2014). Récit cubain intimiste sur la vie (ou la survie ?) d’un jeune couple à l’existence modeste. Les aléas du quotidien et les ficelles pour subsister sont rythmées par les messages de propagandes dispensés par le pouvoir, seule trace visible d’un quelconque appui public. La révolution est pour demain, mais ne rien attendre pour aujourd’hui. Pincés par la police pour « location illégale d’un appartement » que le jeune couple mettait à disposition d’une amie péripatéticienne, le couple va devoir trouver le moyen de payer une amende avec autre chose que leurs misérables salaires…

L’homme a dompté la nature puis l’a abandonné, ne laissant que des ruines de paysages industriels défraichis. La Cuba moderne n’avance plus depuis bien longtemps et régresse. Le rythme lent va bien à la langueur ambiante, pleine de démotivation et de laisser-aller. Ce jeune couple est à contrecourant, l’une s’occupe d’une usine à l’abandon destinée à reprendre son activité un jour (mais qui y croit ?), l’autre est instituteur, seuls vestiges d’une volonté de ne pas baisser les bras. A côté d’eux règnent la corruption et le système D, et une police qui pourchasse non pas les profiteurs mais ceux qui veulent s’en sortir à leur petite échelle. Un véritable rêve communiste en somme.

Autant éloigné d’un Blockbuster qu’un breton du beau temps, ce film enivre par son naturalisme ambiant et passées les 10 premières minutes qui s’étirent inlassablement, le film prend tout son sens quand on réalise que le rythme ne s’accélérera aucunement. A la perplexité initiale succède une fascination pour ces vies en lévitation, comme arrêtées dans un espace-temps parallèle où les lois universelles n’ont plus cours.