a vu "Magic in the Moonlight" (3/5). Depuis plus de 50 ans, Woody Allen propose de manière quasi-métronomique son film annuel en alternant malicieusement entre gravité et légèreté. "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu" et "Blue Jasmine" creusaient le registre du drame pessimiste. "Minuit à Paris" et "To Rome with love" se baladaient gaiement dans de belles capitales européennes. "Magic in the Moonlight" s'inscrit dans la veine burlesque et inconséquente des seconds. C'est agréable et badin, impertinent et superflu. Mais non point inoubliable. Une sorte de récréation divertissante qui ravira l'esprit, creusera le sillon de la légèreté mais n'apportera pas grand chose à l'oeuvre pléthorique du maitre.

Stanley Crawford incarne Wei Ling Soo sur toutes les plus grandes scènes du monde. Prestidigitateur de renom, il éblouit les spectateurs avec ses tours grandioses. Le jour où un ami lui propose de confondre une médium un peu trop audacieuse, il accepte la proposition avec joie mais devra se résoudre: ce grand pragmatique ne parvient pas à percer les secrets de cette belle plante. Voire, il commence à succomber à ses charmes. 

La badinerie sied bien à ce grand nostalgique de Woody Allen. Pour égayer l'atmosphère, il pose sa caméra dans le Sud de la France au soleil de la Riviera. Tout n'est qu'opulence et élégance. Colin Firth incarne avec un flegme tout britannique un magicien débonnaire et sûr de son fait. Il ne doute pas qu'il percera à jour les secrets de cette jolie médium qui hypnotise une famille de la haute par ses révélations extraordinaires. Avec une ironie toute Allenienne, Woody subjugue par ses réparties cinglantes et son a-propos mordant.

La pétillante Emma Stone incarne Sophie Baker, médium surdouée, en lien direct avec les esprits et l'au-delà. Loin de craquer devant le vieux sage, elle joue le jeu de la séduction avec ses incroyables révélations. Woody Allen parsème son film de scènes truculentes et de personnages délicieusement caricaturaux. Un enivrant second degré décroche les sourires et emporte l'adhésion. C'est inconséquent, peut être un peu trop car le film ne se départit jamais d'une omniprésente désinvolture. Ce pourrait être un vaudeville au théâtre, une opérette au music hall, c'est une comédie légère au cinéma.

De manière totalement subjective, j'apprécie quand Woody perce les apparences et avive la réflexion. Ici, point vraiment de réflexion, la nonchalance prime de manière tout à fait agréable mais par trop superficielle. L'encensement général devant ce film tient peut être à ce réflexe éminemment français de s'extasier devant les films étrangers qui se passent en France? Je m'interroge. Ce clair de lune ne manque pas d'attraits, j'aspire juste à une énième nouvelle marche dans la filmographie du grand Woody. Un peu comme pour Match Point et Blue Jasmine. Mais il ne rajeunit pas, j'en demande peut être beaucoup 

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