a vu "Möbius", film français de Eric Rochant, soit disant d'espionnage mais avant tout une belle histoire d'amour, une promo puissance 100 avec une bande annonce très moyenne qui ne doit pas décourager le film est bien meilleur, note: 3/5 car je m'attendais à un film français rempli de regards torves et de sourcils froncés et je me suis retrouvé devant un film habile et complexe qui vous surprendra.

Un riche magnat russe est la cible des services secrets russes et internationaux, désireux de le coincer pour blanchiment. L'agent en charge, Grégory Lioubov, diligente à Monaco le recrutement d'une trader douée mais cramée suite aux krachs financiers récents, Alice. Déjouant les règles de base, Gregory se rapproche dangereusement d'Alice, mettant la mission et son contact en danger. Parviendra-t-il à coincer le magnat tout en sauvegardant l'idylle naissante? 

Dire que j'ai franchi la porte de la salle à reculons est peu dire. Subodorant le film français sans relief, sans rythme, plein de silences pesants et de regards en biais semblant dire "fuyeeeez", ce que la bande annonce semblait annoncer à bride abattue, je ne partais pas gagnant. Mon opinion aura donc, je pense, le sceau de l'impartialité.

Möbius n'est pas un film d'espionnage avec une historette d'amour, mais une histoire d'amour sur fond d'espionnage. Le film débute avec suffisamment de mystère et de pesanteur pour faire deviner une histoire complexe, voire tordue, ce qui est bien le minimum pour une intrigue basée sur le secret et les entourloupes. Au final, la construction du film se révèle subtile et alerte, ne laissant le spectateur que rarement décrocher. Je crierais à la réussite qu'on croirait que j'en fais trop, et pourtant. Si réticent au départ, je dois bien avouer que le film est de qualité, pertinent, et puis les nombreux clins d'oeils au système communiste réincarné truffent l'intrigue de chausse trappes qui en ravivent la tension persistante. Et pour une fois, le cousin outre atlantique endossera une costume bien moins reluisant qu'habituellement, surprenant n'est-il pas? 

Quant aux protagonistes, le beau et grand Jean Dujardin, fort de son statut récent d'oscarisé, n'en fait pas des tonnes et laisse à son personnage une retenue bienvenue, qui brouille les cartes quant à ses intentions. L'accent russe, même si forcément maladroit, ne l'empêche pas de camper un personnage pris au piège d'un jeu qui le dépasse et le mènera bien loin du rapport gagnant/gagnant espéré.. Cécile de France, pas vue aussi sexy depuis... longtemps, prend les traits de ce capitalisme sans âme et sans scrupules, capable cependant de remise en cause pourvu que le jeu en vaille la chandelle.

L'antagonisme capitalisme/communisme semble personnifié dans ces deux personnages, si lointains au départ, que tout semble opposer, mais que les évènements vont pourtant joliment rapprocher. Touché par cette histoire d'amour, faite de passion physique mais aussi de candeur touchante et de tendresse imprévue, je garderai de ce film cette image de fin, juste belle et émouvante. L'être humain est la base de tout système mais peut s'en désolidariser si besoin par delà l'endoctrinement, ce doit bien être cela le message véhiculé par ce film.