Ryan Gosling s’essaye à la réalisation avec bonheur. Son Lost River pioche allègrement chez Terrence Malick époque Tree of Life (pour le générique) ou Tim Burton pour l’ambiance morbido gothique. Il révèle surtout la marque indélébile laissée par The place beyond the pines ou Danny Balint. La fable post apocalyptique offre quelques scènes de crudité malsaine, de fight for survive désespéré et de rude lutte du bien contre le mal. Tonalité binaire assumée, avec ses éclairs sournois comme des lames de rasoir. L’esprit est là, le début d’une longue carrière ?

Billy (la rousse Christina Hendricks sortie de Mad Men) élève ses deux enfants dans une bourgade décrépie et bientôt totalement laissée à l’abandon. Sans emploi, elle risque de perdre sa maison. Son ainé Bones tente de subvenir aux besoins de la famille en revendant du cuivre récupéré clandestinement. Bully, le maitre de la cité, met fin à son petit commerce. Ces différents personnages tentent de survivre, à leur manière et selon leurs règles.

La bande annonce annonçait la couleur. Herbes folles, bâtiments éventrées, gueules cabossées, ce Lost River ressemble plus à « Les fils de l’homme » qu’à une mélodie du bonheur. Des lieux autrefois prospères sont désertés, les perspectives économiques sont anéanties et ne subsistent que les fossiles d’une prospérité passée. Ceux qui ne veulent pas se déraciner doivent se battre pour survivre. Les supermarchés sont barricadés, des boulots à la marge sont les seules bouées dans un océan de morosité. Pas de soleil dans ces contrées oubliées, les nuages dispensent une lumière aussi glauque que l’immense réservoir de Lost River. L’inondation d’une cuvette autrefois peuplée a condamné ceux qui rêvaient d’avenir radieux. Une malédiction s’est abattue sur les lieux désolés selon une légende tenace. Explication commode pour oublier la fatalité du destin.

Au milieu de ce no man’s land subsistent des résistants endurcis et déterminés. Billy ne compte pas partir, Bones traficote le temps de remettre en état se voiture, Bully fait sa loi à coup de ciseaux et de regards inquiétants. Un taxi conduit par un Reda Kateb taiseux sillonne les routes défoncées, spectateur anonyme et philosophe de la chute collective. Ryan Gosling distribue les coups et ne lésine pas sur les scènes chocs pour souligner la déliquescence des valeurs. Une menace silencieuse gravite autour de ses personnages, ne leur épargnant pas les coups du sort. Rares sont les sourires, une impression lancinante d’avenir morose pour l’humanité guette et interpelle. Si l’avenir est fait de ça, bonjour l’ambiance.

Au final, les sorties de secours sont des mirages et la dureté du réel n’épargne personne. Les acteurs convainquent en paumés magnifiques, le scénario multiplie les sévices et autres exactions et le spectateur se retrouve confronté à des angoisses inconscientes. Ryan insinue une ambiance dérangeante très bien retranscrite à l’image. Hollywood et sa radieuse colline semblent loin dans le petit monde de Ryan. Je me demande si ce film n’est pas une thérapie ? Les seules sources de divertissement sont des spectacles macabres orchestrés par une Eva Mendes sanguinolente. Pour fuir la vie, les spectacles de tortures deviennent des exorcismes dignes de Tim Burton.


A la fin du film, le spectateur est soulagé. Le film insinue une gêne palpable. Le but est atteint, Ryan Gosling a touché l’audience, le film ne laisse pas indifférent. Un bon début !

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