« Les rayures du Zèbre » peut apparaître assez 1er degré de prime abord. Un belge excentrique et bruyant à la recherche du footballeur ultime dans les bidonvilles de Cote d’Ivoire, les similitudes avec certaines comédies pas drôles récentes semblent nombreuses. Et quand on connait l’exubérance de Benoit Poelvoorde, le choix entre inquiétude et béatitude peut faire sérieusement réfléchir. Pas forcément fan ultime du zèbre, je dois avouer mon édifiante stupéfaction quant à sa capacité à transmettre une émotion vraie et touchante, dans un contexte de grand n’importe quoi exotique. LRDZ est une comédie dramatique qui a de la substance et du nerf. 

José est un agent de footballeurs réputé qui a du nez et donc du flair. Il identifie Yaya, jeune talent prometteur et le rapatrie en Belgique pour lui donner sa chance. Persuadé d’avoir trouvé la pépite ultime, il ne s’attend pas aux difficultés qui se présentent à lui.

Pitch digne de Jean-Claude Dusse perdu dans son club de vacances au Sénégal. Les scandales récurrents quant aux méthodes douteuses employées par des agents véreux laissent à penser que le versant le plus comique des affaires sera exploité. Mais en fait non. Le film relate tant les turpitudes d’un petit blanc perdu en Afrique que les rapports forcément déséquilibrés qui s’établissent entre un belge décontracté et sûr de lui et des locaux accrochés à la manne financière qu’ils représentent. Le déséquilibre semble mesquin, propice au mépris et à une empathie pleine de condescendance. Mais l’être humain est une machine complexe, et ce sont bien souvent les petits blancs fans des contes de Noel qui perdent leur recul et leur jugeote. 

José semble a priori blindé pour éviter les obstacles. Mais la vie ne cessera de lui montrer l’étroitesse de sa hauteur de vue. Face à un environnement qu’il ne connaît facilement pas si bien, il lui faudra réviser ses jugements et ses préjugés pour trouver sa place dans l’univers. Benoit s’en sort admirablement dans cette caricature de recruteur flamant apte aux entourloupes. Rigolard, profiteur, épicurien dans un monde où tout semble facilement accessible sans contrepartie ni implication, il sera le dindon de plusieurs farces, à son détriment ou à sa bonne surprise.

Spoiler

Le film contient au moins une scène qui m’a scotché au siège. Le jeune Yaya, recruté difficilement, perdu dans les terrains enneigés de la Belgique éternelle, parvient à devenir une star en devenir. Parti de rien, il accède instantanément à la notoriété et au flouze facile. La scène où il disparaît accidentellement laisse sans voix, tant la bêtise et la fatalité d’un monde qui donne tout à des gens non préparés à l’opulence laisse songeur…

Un film surprenant, bien plus profond qu’il n’y parait et entêtant comme une chanson d’amour des années 70. On voudrait l’oublier qu’on n’y parviendrait pas. Le signe d’un film qui mérite un visionnage immédiat et une critique très positive. Le 4/5 n'est pas usurpé.