a vu "Les chevaux de Dieu", film marocain, tragédie moderne qui prend tout son sens sur grand écran, note: 4/5 pour ce parti pris radical sur la fin de l'innocence...

1994. Tarek et Hamid sont deux jeunes frères encore enfants dans la banlieue de Casablanca. Tandis que le premier idolâtre Lev Yachine et rêve de devenir gardien de but, le deuxième fait du commerce et protège son frère cadet. L'emprisonnement d'Hamid livre Tarek à lui même, obligé de se débrouiller pour faire subsister la famille, un frère autiste, un père en dépression et une mère submergée.
A sa sortie de prison, Hamid est devenu islamiste radical, et il convainc Tarek et ses amis de le rejoindre lui et ses "frères". L'harmonie et la logique de cette communauté va tous les changer, et une préparation physique et mentale finira de les transformer en futurs martyrs.

Le 16 mai 2003, 5 attentats suicides terroristes ont été perpétrés à Casablanca : une quarantaine de victimes et une centaine de blessés. Ce film tente de retracer le parcours de certains des kamikazes, de leur enfance débrouillarde dans un environnement hostile et sans repères jusqu'à leur adolescence remplie de frustrations et de rêves brisés. Loin d'être des combattants professionnels et aguerris, ce sont avant tout des blessés de la vie, dénués de tout et livrés à eux mêmes. Proies faciles de réseaux organisés et fanatiques, l'espoir d'un paradis parfait et sans défauts est tentante face à cette réalité frustre. Comme disait l'autre "when you got nothing, you got nothing to lose".

L'innocence est cabossée à tout instant, confrontée à la violence des enfants, à la violence des adultes, aux moeurs violentes d'une société engoncée sous l'égide d'un état policier. Des terrains de foot de 1994 à la folie terroriste de 2003, le cheminement de quelques gamins attachants vers le radicalisme, seule option face à une société et un état qui n'offrent rien, fait froid dans le dos. 

Cette peinture abrupte de l'endoctrinement comme réponse à la frustration d'une existence vide et vaine pose la question de l'avenir offert à des générations désireuses de se réaliser, mais sans moyens pour le faire. Les alternatives existent-elles seulement? 

Une fois de plus, un film arabo-musulman extrêmement bien ficelé, avec une narration fluide et expressive, des plans séquences de toute beauté, et des jeunes acteurs, issus eux mêmes de bidonvilles, pleins de talent et d'envie. Un cinéma passionnant et volontaire. Quand l'économie de moyens offre bien plus de résultats que des grosses machines sclérosées et prévisibles.