Quentin Tarantino débarque en fanfare avec un 8e opus attendu comme le messie. Après moult péripéties. Annoncé, puis annulé pour cause de fuite du scénario, il est remis en chantier contre toute attente. Entouré des plus folles rumeurs et accompagné d'un halo mystérieux pour cause de format 70mm complètement mythique, The Hateful Eight est enfin visible sur grand écran. Fan de Tarantino depuis le tout début et un Reservoir Dogs pétaradant, je vogue de film en film avec des impressions inégales mais avec toujours cette furieuse envie d'être emballé. Ce ne sera pas pour cette fois  et je songe à changer d'identité pour éviter les colis piégés. Je compte sur votre compréhension, je vais étayer mon propos avec un minimum d'objectivité.
Un western fidèle aux canons du réalisateur
Un chasseur de prime (Kurt Russell) traine sa proie (Jennifer Jason Leigh) pour récupérer sa récompense. Mais un blizzard récalcitrant le force à faire halte dans un refuge isolé. Problème, plusieurs quidams partagent les lieux et une forte suspicion de complicité cachée avec la scélérate crée une atmosphère lourde de tension. Saura-t-il démasquer le vilain avant que ce dernier ne lui fasse la peau? Les doigts sont bloqués sur les gâchettes, les regards sont inquisiteurs, les discussion sont tendues...
Une ambiance putride
The Hateful Eight débute avec des paysages magnifiques. La diligence roule sur les voies enneigées du Wyoming, bercée d'une lumière éblouissante. Voilà pour le seul moment de clarté du film, la suite ne sera qu'obscurité. Kurt Russell rappelle un Clint Eastwood échappé d'Impitoyable, taciturne et constamment sur la défensive. Surnommé The Hangman, sa réputation est à la hauteur de son apparence rustre. Tous les autres personnages revêtent le même aspect méfiant et agressif. Le casting est un all star game, hélas sans originalité. Samuel L Jackson rejoue son Jules Winfield avec sa voix trainante et goguenarde. Tim Roth rappelle un certain Christopher Waltz jusqu'à la caricature. Michael Madsen jette les mêmes regards de biais qu'autrefois. Bruce Dern et les autres acteurs moins connus manquent d'épaisseur. Un invité surprise réalise une prestation intéressante même si courte, mais je ne spoilerai pas. Depuis le parcours de la diligence jusqu'à une bonne heure et demi dans le refuge, le film accumule les discussions longues et bavardes. Très longues et très bavardes. Les personnages se reniflent et se jaugent, chacun essayant de percevoir une fêlure dans l'armure de l'autre. Les répliques fusent, l'humour est noir, l'ironie est grinçante. L'assemblée ressemble à un bal des vampires, chacun tentant d'identifier les faiblesses dans les cuirasses pour choper la jugulaire.
Un ennui mortel...
J'avoue que le rythme posé et sans artifices de cette première partie m'a pris au dépourvu. Habitué aux montages inventifs et aux rythmes trépidants, je suis tombé de mon pommier. L'économie de moyens est abyssale et l'impression de contempler un vieux film de John Ford met du temps à se dissiper. Pour être parfaitement honnête, l'ennui m'a fait plusieurs fois piquer du nez, aucun personnage ne suscitant l'envie de m'enthousiasmer. La palme revenant à un omniprésent Samuel L Jackson dont les répliques somme toute répétitives lassent. Un coup de theatre impromptu m'a fait me réveiller.en sursaut. Après de longs déballages, passionnants pour certains spectateurs, insipides pour d'autres, vient le temps de l'action. L'ambiance ouatée d'un paisible refuge de montagnes accueillant une classe de neige vire soudainement au massacre. Les fans d'Inglorious Basterds ou de Django Unchained ne seront pas dépaysés. Après la quasi partie de bridge soporifique, la patte Tarantino revient au galop pour bien rappeler qu'il adore les hectolitres de sang. 
... avant l'étalage de boucherie charcuterie
Et ça dézingue à tout va, les meurtres odieux s'enchainent à toute berzingue pour une dernière heure à la limite de l'indigestion. Le western devient un quasi film d'horreur à la mode seventies. Les têtes explosent, les cojones souffrent, le déluge de sang m'amusait à l'époque de Pulp Fiction avec la cervelle de l'indic éparpillée sur la plage arrière. Tarantino en fait maintenant un peu trop, appuyant le trait sans retenue. A trop empiler la chaire partout sur l'écran, il quitte les douces plages de la subtilité pour un tsunami de kitsch outrancier. L'intrigue vire à la farce quand les coups de théâtre s'amoncellent comme un Cluedo mal ficelé. Tarantino ressemble à un gamin dans un magasin de jouets, il s'amuse et bien malin celui qui pourra deviner l'identité des derniers survivants. Les personnages jouent l'intox, se sacrifient ou sont trahis, j'ai de la peine à me rappeler l'ordre de péripéties lassantes.
Une surcharge pondérale d'hémoglobine
Pour définir le film, j'hésite entre les mots autoparodie et caricature. Loin de se renouveler, Quentin se réapproprie Reservoir Dogs dans un huit clos pesant. Il y ajoute des gunfights tout en excès à la Inglorious Basterds, il reprend les geysers de sang de Django, il saupoudre de discussions longues à la Jackie Brown. Tant de sang dans un si petit espace ressemble à une potentielle prochaine attraction de Disney. Se voulant d'abord sérieux et mesuré, le film dérape dans la série B italienne des années 70. Que penser du dénouement, sinon que Quentin finit sur une pirouette gratuite et inconséquente? Débuté sur les chemins du sérieux comme un ouvrage d'Agatha Christie, le film se termine sur une bouillasse qui ne fait rire que les acteurs survivants troués de balle.
Inoubliables, ces 8 salopards?
Les efforts de mise en scène et ces longs plans hypnotiques ressemblent à des effets de manche. Tarantino s'essaye dans une contrée qui n'est d'abord pas la sienne - musique presque totalement absente, longs silences, encéphalogramme contemplatif et plat - pour revenir à ce qu'il aime de plus en plus. Chaque balle de revolver cause des dommages dignes d'un bazooka, c'est complètement bidon. Je finirai là dessus. The Hateful Eight restera un film mineur dans la filmographie du génial Quentin. Hélas.