vu "Les équilibristes", film italien intimiste de Ivano de Matteo qui passera très bien sur VOD, note: 3/5 pour cette auto-flagellation rédemptrice.

Giulio est un quarantenaire comblé, avec son travail de fonctionnaire, ses deux enfants et sa femme aimante. Jusqu'à ce faux pas malheureux, ces SMS perturbants découverts par son épouse, qui ne peut le pardonner et le met à la porte. D'abord résolu à prendre un appartement et à laisser passer l'orage, Giulio tombe petit à petit dans la précarité, son salaire ne lui permettant pas de joindre les deux bouts. 

Comme un mauvais conte de Noel, "Les équilibristes" prend le parti d'évoquer une descente aux enfers, progressive et inéluctable. Loin de vivre initialement dans une insolente facilité, Giulio a tous les attributs d'une vie confortable, paisible et indolente. Mais comme souvent, l'être humain cherche plus, et c'est peut être ce quotidien satisfaisant mais sans surprise qui le pousse à tenter le frisson de l'adultère. Trop sûr de lui, ou peut-etre anesthésié par la nonchalance d'une morne existence, il ne prend même pas la peine de se protéger et d'effacer des SMS qui pourraient le compromettre, SMS qui seront découverts, peut être sciemment, Giulio n'imaginant pas que son épouse puisse réagir si violemment qu'elle exigera son départ du domicile familial. Anesthésie, perte de l'échelle des valeurs, Giulio ne cherche pas à se justifier et à renouer un dialogue mis à mal par un train train asthénique. 

Le chemin de croix, en suivant de le Golgotha des difficultés financières, de l'enfermement sur soi et du refus de l'appel au secours, exprime une repentance, un calvaire voulu pour expier un péché. Giulio, sans jamais l'exprimer, va au bout de son calvaire comme pour se laver de son péché. En ne se plaignant pas et en ne s'adressant pas à ceux qui pourraient l'aider (sa fille, sa femme, ses amis), Giulio suit certes ce cercle vicieux de la précarité, cherchant des solutions, mais j'ai personnellement perçu une sorte de sacrifice voulu de lui même. 

Loin d'y voir une critique de notre société contemporaine implacable avec une frontière finalement ténue entre aisance et pauvreté, cette seule explication ne me suffisant pas, j'y ai donc plutôt vu une maxime moderne de la rédemption. Ce qui donne une dimension supplémentaire à un film ultra réaliste, minimaliste, sobre et filmé tel un téléfilm, qui atteint une dimension cathartique, le chemin de croix permettant finalement de comprendre l'importance des choses de la vie, la famille, le foyer.