a vu "Le septième sceau"(5/5) d'Ingmar Bergman, toujours au Lincoln à Paris pendant la rétrospective proposant 7 films du maitre suédois. Moins sur le cul qu'après "Persona", mais j'étais moins sur le cul à la suite d'"Orange mécanique" qu'après "2001 l'Odyssée de l'espace". C'est à ce niveau-là.

Film de 1957, ce chef d'oeuvre suit le chevalier Antonius Blok de retour des croisades pendant un Moyen-Age obscur. Pour son malheur, il croise le chemin de La Mort venu pour l'enlever. Loin d'être défait, le chevalier parie son sort à une partie d'échecs que La Mort accepte.

Métaphore fantasmatique au coeur d'un Moyen-âge régi par la crainte de Dieu et des rites emplis d'une superstition omniprésente, cette oeuvre présente un chevalier revenu de batailles homériques en Orient et aigri par le genre humain. Symbole de l'homme libre au sein d'un monde que la peur de la proche apocalypse effraie, le chevalier intrépide a un regard d'homme moderne, cynique et amusé par les turpitudes de ses semblables. Sa quête l'éloigne des contingences de ce monde, tout intéressé qu'il est par une soif de connaissance sans limites, seule capable de le divertir de la grisaille du monde.

Le film empile harmonieusement les symboles païens et déistes, sous le regard figé et inhumain de La Mort, personnage lui aussi proche d'un homme du XXe siècle. Le chevalier et lui semblent s'affronter avec pour enjeu l'avenir du monde ou pour une OPA hostile sur une société du CAC 40. Détachés de leur temps, ils représentant la quête éternelle de l'homme face à son destin. Mais fatigué par la rigueur d'une existence dépourvue de sens, le chevalier se laissera perdre, soulagé par la fin de ses turpitudes.

Les personnages secondaires semblent tout droits sortis d'histoires de troubadours, occupés par leur vie terrestre et inconscients des niveaux de connaissance existants au delà des contingences divines. Le ton des histoires annexes se rapprochent de contes, apportant une distance philosophique à la quête du chevalier. Entre la terre et le ciel, les amuseurs publics choisissent une voie médiane, celle d'un présent enchanteur et heureux, même si illusoire.

Pas le film le plus actuel du monde, ni le plus dans l'air du temps, mais les grandes oeuvres sont éternelles...