a vu "Le procès de Viviane Amsalem" (3/5). Rude et pénible passage devant le tribunal rabbinique pour une Viviane Amsalem qui réclame le divorce à corps et à cris. Seulement, l'accord du mari est indispensable pour entériner l'instruction et celui-ci refuse la séparation définitive d'avec sa femme légitime. Présenté comme un réquisitoire contre l'archaïque système administratif et religieux de l'état d'Israël, j'y ai décelé plus d'ambiguité qu'il n'y parait.

Viviane et son avocat vont affronter un tribunal hostile et un mari taciturne (joué par le toujours impeccable et charismatique Simon Abkarian) pendant 5 longues années. Les séances s'enchainent et l'argument de la controverse apparait. Après 20 années de mariage malheureux, Viviane n'en peut plus et veut retrouver sa liberté. Son mari la bat-elle? Est-il violent et dangereux pour son intégrité physique? Point du tout, il est surtout distant et toxique dans ses attitudes renfermées. Et elle ne l'aime finalement plus. Sans amour, elle ne veut plus partager la vie d'un mari qu'elle ne peut supporter davantage.

Les débats s'enchainent inlassablement, mois après mois, années après années, dans cette salle du tribunal dans laquelle se déroule tout le film. Pour conclure que le problème essentiel tient à une attitude du mari plus qu'à des actes ignominieux. Je suppose que l'extrême simplification des griefs a pour but de décrédibiliser un système judiciaire ubuesque qui refuse à toute femme mariée le droit de disposer individuellement de son destin. Dans un pays comme le notre où tout divorce peut être assez aisément obtenu, la procédure israélienne ressemble à de la science fiction.

Simplement, Viviane a elle-même une attitude retorse. Son désir de divorce en vient à ressembler à un caprice. Ce qui est assez étrange dans un contexte de réquisitoire anti-liberticide. De la faute d'un scénario assez belliqueux et réducteur, j'ai éprouvé de la peine pour ce mari, que je qualifierais d'handicapé du sentiment certes, mais pas méchant pour un sou. La communication break-down semble son grief principal et la constance de son attitude distante a ulcéré de plus en plus son épouse. Mais sa tristesse est visiblement non feinte...

Reste que la situation est kafkaïenne et les cris d'effroi finaux de Viviane glacent le sang. Sur quel pied danser? Un désir de divorce ne devrait pas être confronté à tant d'obstacles, mais un mariage vaut bien la peine de discuter et de s'entendre pour le bien des enfants et la sacralisé du lien conjugal. Je ne concluerai pas sur l'attitude qui pourrait être la plus sage. Reste que le film contient certains passages à l'impact somatique évident. Une expérience brutale de ce que le cinéma peut susciter chez le spectateur attentif.

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