Pitch et avis: a vu "La religieuse", film français de Nicolas Nicloux, adaptation de l'ouvrage de Diderot sur le calvaire d'une jeune femme envoyée au couvent contre son gré et confrontée à des religieuses perverses, note: 2/5: peu d'empathie dans ce film, peu de réflexion, on est dans la révolte et le révoltant pur et simple. Intéressant, mais limité, surtout au lendemain d'un "Camille Claudel 1915" bien plus profond.

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Résumé: Au XVIIIe siècle, une jeune femme de 16 ans, Suzanne Simonin, est contrainte d'intégrer un couvent sur décision familiale. Ses soeurs seront mariées, et elle devra prononcer ses voeux. Profondément croyante, elle ne ressent cependant aucun appel pour les ordres. Confrontée à des mères supérieures tour à tour cruelles ou un peu trop proches d'elle, elle ne cessera de lutter pour retrouver sa liberté.

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Analyse: N'ayant pas lu l'ouvrage de Diderot, ni vu l'adaptation de Rivette réalisée il y a 40 ans de cela, je ne pourrai me baser sur aucune source comparative. Ce film ne prône aucun anti-cléricalisme, ne donne aucun avis critique sur la vie monacale et ne voue aucunement aux gémonies l'ensemble des mères supérieures. Il se met même courageusement à distance, à mon sens, de toute opinion sur un système seulement perverti par des individus, et non pas pourri par la racine.

Ceci étant dit, l'histoire de la petite Suzanne, en se concentrant sur sa révolte, manque d'ampleur. Sincèrement et en toute conscience croyante, elle ne supporte pas la décision de ses parents de lui faire consacrer sa vie à Dieu. Elle sent sa présence en toute chose, mais ne peut envisager les murs froids et épais de couvents comme seul décor de son existence. 

D'abord accueillie par une mère supérieure bienveillante et toute dévouée à ses ouailles, Suzanne ne change pas plus d'opinion. Quasi emprisonnée, elle n'envisage sa condition que comme une injustice, n'imaginant une possible vie monacale que comme un choix uniquement personnel, ce qui n'est pas le cas. Une femme moderne en plein XVIIIe siècle, en quelque sorte. Déterminée, indépendante, libre dans sa tête malgré les turpitudes à venir.

S'accusant de la mort "accidentelle" de la bonne mère, Suzanne va subir vexations sur vexations pour le reste de son enfermement. D'abord une mère supérieure sadique, à l'orthodoxie caricaturale. Louise Bourgoin joue à la perfection cette mère insensible, croyant chasser le démon de la jeune brebis égarée. Sa tête continuellement penchée semble peser du poids de la rigidité et de l'abus de position dominante. Echappée pour se retrouver dans les griffes d'une mère quasi nymphomane, jouée par une Isabelle Huppert très convaincante (on en attendait pas moins...), la révolte de Suzanne n'en faiblira pas plus.

Itinéraire attristant, volonté de fer, le combat d'une jeune femme déterminée à endurer toutes les souffrances dans l'objectif d'en réchapper un jour. Avec une galerie de personnages secondaires de qualité (dont, ô surprise, Martina Gedeck, fidèle à sa grâce naturelle), le film aurait pu aurait dû, aller au delà de la simple révolte, qui limite l'ampleur du film par un manque de réflexion connexe, sur les attentes d'une vie qui a encore tout à lui apprendre, sur des aspirations au delà d'un simple conformisme de classe (mariage, famille, piano).

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Dénué d'un souffle supérieur, d'un envol vers des latitudes plus clémentes, le film ne décolle hélas pas. Limité, ses ailes de géant l'empêchent de marcher. Il en reste une révolte, une femme moderne, mais peut-être en attendais-je plus.