Nul doute que l'effet Cannes joue à plein pour "La loi du marché" (2,5/5). Je ne me serais personnellement pas déplacé pour voir le drame de Stéphane Brizé sans ce prix d'interprétation suffisamment marquant et émotionnant pour piquer ma curiosité. L'ébranlement de Vincent Lindon communiquait une évidence qui détonne dans un monde synthétique de strass et de paillettes. L'attendrissement passé et la porte de la salle de cinéma poussée, que restera-t-il de ce film social tourné à la manière d'un documentaire?

Petite moustache, période de 20 mois de chômage, père de famille attentif, Thierry est un anti-héros résigné, issu de la réalité la plus ordinaire. Sorte de héros 2015 d'une Extension du domaine de la lutte sans les errements sexuels. A la recherche d'un emploi pour subvenir aux besoins familiaux, son évidente bonne volonté se casse les dents sur les briques du capitalisme. La quête du sésame souligne l'incapacité du système Pôle Emploi à cerner les besoins du monde de l'entreprise. Formations inadaptées, lenteurs administratives, manque de souplesse, la critique du système public pose une première pierre dans le jardin de son bourbier existentiel.

La deuxième pierre concerne son retour à la vie professionnelle. Technicien de formation, il se retrouve agent de surveillance dans un supermarché. La dichotomie entre les aspirations et l'emploi trouvé souligne la renonciation à toute ambition face à l'aridité du champ de patates de l'emploi. L'emploi règle la question financière mais confronte notre bonhomme aux impératifs de rentabilité de l'entreprise. A tout prix. Ne s'attendant pas à se retrouver devant la misère sociale la plus radicale, il agit en automate, l'affect est rentré à l'intérieur. Jusqu'au débordement.

Stéphane Brizé agit en chirurgien, il cherche un reflet sans fard de ce qu'il pense être la réalité des petites gens face à un capitalisme sans empathie. Certaines scènes m'ont effaré, j'en détournais le regard. L'observation la plus radicale des comportements cherche à montrer le fond du seau. Jusqu'à l'impudeur? Je suis mitigé, le film est choc, Vincent Lindon a l'habitude d'interpréter l'exploité, mais nous pousser le visage dans la boue avec tant de force, ça fait mal au cou. Le cinéma devient un avertisseur social. C'est certainement nécessaire mais n'est-ce pas un peu racoleur malgré tout? Assis dans mon siège, j'observais des individus lambdas en train de glisser hors de la société. Mal à l'aise j'étais.

J'attends d'autres feedbacks pour préciser ma pensée!