a vu "La baie des anges" (3.5/5). Récit d'une passion amoureuse matinée d'addiction au jeu, ce deuxième film de Jacques Demy, (sorti en 1962) est une perle. Le schéma structuré d'un esprit cartésien est déboussolé par l'insolente facilité à gagner des sommes folles (croit-il) et à vivre des aventures grisantes avec une accro à la roulette. Déroutant et fascinant.

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Jean Fournier est un employé de banque modeste et content de son sort. Un collègue l'entraine dans la passion... du jeu. Sa rencontre avec Jackie va le mener sur la Riviera et dans l'enfer du jeu.

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Le charme suranné du noir et blanc n'est pas pour rien dans la fascination qu’engendre le film. Ni la musique frénétique de Michel Legrand. Ni la coiffure de bimbo de la vipère Jeanne Moreau. Ni le cercle sans feu ramenant inlassablement le héros vers les casinos. Quand rien ne va plus, ça ne va décidemment jamais mieux.

Hypnotique mélopée que ce "c'est la dernière fois" continuellement répété. La banqueroute mène à la frustration, la frustration à l'envie de se refaire, la réussite à l'échec. Cet échec automatiquement au boute de la route, car dans le jeu "gagner, c'est forcément perdre".

Le scénario aurait pu être écrit par un psy tant les héros sont viscéralement ramenés à l'impasse. Le succès est une illusion, l'amour est un mirage. Jeanne Moreau joue à la perfection la droguée du jeu, manipulatrice, cajoleuse alambiquée. Claude Mann est un pigeon qui s'ignore, à la grinta qu'il croie éternelle. Malades du jeu, malades d'amour, leur descente aux enfers a le charme sirupeux du Titanic en train de couler.

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Note: 3.5/5, c'est doux, c'est fort, c'est addictif.

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