Depuis déjà plusieurs années, des drames cinématographiques prennent le conflit israélo-palestinien pour toile de fond. En elle-même souvent déchirante, la dramaturgie touche à l'universalité en prenant à témoin le spectateur sur le thème d'un "le monde entier sait ce qu'il se passe, personne ne bouge, ce drame horrible aurait pu être évité si la communauté internationale avait décidé d'agir il y a déjà bien longtemps". "L'Attentat" s'inscrit dans cette mouvance.

 

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Une bombe explose dans un restaurant de Tel-Aviv. Le docteur Amine, arabe à la nationalité israélienne et parfaitement intégré à la société hébreuse, apprend que sa femme est morte dans cet attentat. Dévasté, il apprend que l'attentat suicide a été perpétré... par son épouse. Déboussolé, il cherche à comprendre les raisons de ce geste inexplicable.

 

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Les années récentes ont vu "Incendies", "5 caméras brisées", "Ajami", "Le temps qu'il reste", "Le cochon de Gaza", "Amerika", "Zaytoun", "Rock the Casbah" et j'en passe, se dérouler sur fond de conflit israélo-palestinien. Tous différents, ils démontrent avant tout la vitalité du cinéma local qui, loin de s'assécher, scénarise à outrance, avec souvent beaucoup d'acuité, le drame de familles normales, de personnes lambda, embarquées dans un conflit qui les dépasse.

 

Ici, le héros est un arabe à qui l'état d'Israël a accordé la nationalité hébreuse. Titulaire d'une bourse, chirurgien apprécié de ses collègues, parfaitement intégré à la société, il est l'exemple même d'un métissage réussi. Le film pose la question de son assimilation sous l'éclairage de racines abandonnées sur l'autel du mieux vivre, au détriment de racines rejetées, voire niées.

 

En menant sa propre enquête, Amine retourne à Naplouse pour la première fois en 10 ans. Sa femme, arabe chrétienne, a agi en réalisant un parcours intérieur immense, jusqu'à l'irrémédiable. Amine va comprendre petit à petit que la quête de réussite sociale, loin d'apaiser son épouse, lui a fait comprendre, avec toujours plus de sensibilité, le caractère intenable de la situation. A l'aise dans sa vie, elle trahissait son peuple et ses racines. Amine le comprend petit à petit, à l'aune d'un rejet de ses amis qui ne le voient plus comme un d'eux, mais comme un arabe immiscé dans une société qui n'est pas la sienne.

 

Emotion lancinante, émotion palpable, l'atmosphère du film est délibérément pesante. Voire un peu trop, cinématographiquement parlant. La quête de vérité d'Amine ne va pas sans certains poncifs, et le degré de subtilité est parfois assez faible. Au contraire d'autres films miraculeux ("Incendies", "Ajami"), "L"Attentat frise parfois la caricature, à se demander si une histoire similaire placée dans un autre contexte aurait eu le même impact.

 

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Note: 2.5/5, un drame cornélien, profondément humain. Cinématographiquement, ça n'évite pas les écueils de la facilité, mais... l'émotion est présente, indéniablement.

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