a vu "L'Artiste et son modèle", film espagnol de Fernando Trueba, évocation d'un artiste en quête de la création et de ce moment magique où l'idée germe, note: 3/5: un début austère qui débouche sur des vrais moments de magie.

1943, quelque part dans les Pyrénées. Mercé, une jeune espagnole, arrive dans un village isolé. Accueillie par Léa, épouse du sculpteur Marc Cros, elle devient le modèle de celui-ci. A son contact le vieil artiste sent revenir la flamme de la création et le gout du travail. Au milieu d'un contexte de guerre, ils vivent un moment de grâce, celui où l'oeuvre émerge de la matière.

Petit miracle que ce film. Filmé en noir et blanc, dans un contexte d'occupation forcément pesant, le film s'ouvre sur un artiste fatigué, sans activité artistique depuis le début de la guerre. L'inspiration semble s'être volatilisée, laissant le vieil homme perclus de regrets. La rencontre avec Mercé, au delà d'une renaissance artistique qui fera bouillonner à nouveau son esprit, donne lieu à des épanchements passionnants sur sa conception de l'art et son oeil d'artiste. Et narrées par Jean Rochefort, ces confessions prennent une dimension quasi-romanesque. 

Le film bouscule les perspectives habituelles en la confrontant à l'oeil esseulé de l'artiste. La guerre semble lointaine, un officier allemand est un ami et ancien professeur d'art à l'université, la jeune demoiselle est passeuse de réfugiés dans les Pyrénées, un parachutiste américain est admirateur de Jarry et de Gide, l'artiste semble loin des contingences quotidiennes et des risques existants, et le film lui prête un cadre décalé, adapté à son caractère. Seul compte pour lui la sensualité du modèle et ce petit instant d'éternité qu'il pourra graver dans le marbre. 

Le noir et blanc sans grain semble illuminer l'écran et retranscrire l'atmosphère ensoleillée, propice aux témoignages artistiques dispensés par un Jean Rochefort d'abord taciturne, et finalement plus enclin à l'attirance de la chaire. Un vrai artiste, en somme.

Une belle surprise que ce film, qui rebutera certains par son aridité et son académisme. Mais qu'il est bon de se laisser emporter par l'artiste et son enseignement.