"Iron Man 3", "Hannah Arendt", "L'écume des jours". Pourquoi ces trois films méritent le coup d'œil, pour des raisons diamétralement opposées? C'est long, mais c'est bon.

"Iron Man 3" est ce qu'on appelle vulgairement un blockbuster. Scènes totalement irréalistes, explosions qui atomiseraient le premier marathonien venu, scénario à la probabilité d'occurrence proche d'un Godzilla, on ne s'est pas... trompé de salle. Film à très grand spectacle qui pourrait rebuter le fan de films serbes que je suis, et pourtant ça marche. Robert Downey Jr insuffle un humour très Dr House à un Tony Stark franchement antipathique mais suffisamment humain pour avoir envie de le croiser au rayon chou fleur du supermarché. Gwyneth Paltrow a rarement été aussi séduisante, et puis les réparties ironiques fusent à un rythme suffisamment soutenu pour avoir envie d'en faire un almanach. Pas d'endormissement à la mi-film, pas de sentiment de vaguement perdre son temps, c'est net et sans bavure, propre et efficace. Grand héros de ma période Marvel (vers mes 8 ans), Iron Man cristallise ici le mythe de l'homme qui se réalise mi-chair mi machine, Thor fait homme, entre le Pokémon et le Golem.
Note: 2.5/5, Robert se la joue parfois humour James Bond, ce qui n'est pas pour me déplaire.

"Hannah Arendt" est un film sérieux, aride, cérébrale, introspectif. En relatant la capture puis le jugement d'un dignitaire nazi notoire, Adolf Eichmann, caché en Argentine et kidnappé par le Mossad, c'est un pan douloureux de l'histoire universelle qui se déroule devant nos yeux. Comment un homme qui a organisé personnellement, méticuleusement et scientifiquement la logistique ayant mené à la déportation avec succès de millions de juifs vers les camps de la mort peut-il s'absoudre de toute responsabilité devant ses juges? Ce qui suscita le malaise le plus profond voire la nausée la plus absolue chez la plupart des témoins amena pourtant la philosophe Hannah Arendt à s'interroger et à essayer de comprendre. Les volutes de fumée de cette fumeuse invétérée cristallisent la pensée en action, la force de l'esprit dans sa quête de compréhension par delà l'horreur, dans une scénographie ultra réaliste et intimiste. Hannah Arendt n'est pas une Wonder Woman, juste une scientifique de l'esprit, méticuleuse et à l'apparence d'une Maman lambda. On assiste à l'accouchement déchirant d'une des thèses philosophiques les plus passionnantes et conspuées du XXe siècle, décriée à son avènement pour sa bienveillance supposée envers les criminels. Mais comprendre que le bureaucrate le plus quelconque peut être aux manettes d'un système implacable, sans comprendre les implications de ces actes, embrigadé dans une propagande qui régit tout... la "banalité du mal" fait froid dans le dos.
Note: 3/5, l'académisme du film n'est pas un frein à la qualité de l'interprétation et des idées diffusées. C'est intelligent et passionnant.

'L’écume des jours" ouvre une porte sur plusieurs imaginaires. Celui de l'auteur du livre adapté, Boris Vian, et celui de Michel Gondry, génial artisan de l'imagination en mouvement. Ouvrage réputé inadaptable, "L'écume des jours" est un fourre-tout d'idées décousues qui tient dans une cohérence troublante tant l'auteur part dans des directions diverses et foutraques. En cherchant une adaptation quasiment au mot près, Michel Gondry rate l'occasion de s'approprier l'histoire, donnant vie généreusement au bric-à-brac littéraire mais sans y apporter une touche scénaristique personnelle qui aurait pu faire décoller le maelstrom visuel. On reconnait ses lubies visuelles et son style, mais de cohérence il n'en est que rarement question. A la mi-film, tandis que le ton du film bascule logiquement vers le désastre et l'épreuve de la fatalité, l'œil fatigue faute de transmission d'une humanité trop souvent amoindrie. Alors j'y ai retrouvé la magie des mots, ces images entrevues pages après pages, mais la marque au fer rouge du livre dans mon esprit me rend certainement indulgent. Pas sûr que le film plaise à la multitude tant la magie s'apparente souvent à un bricolage artisanal un peu trop voyant.
Note: 2.5/5, j'y ai retrouvé la petite musique de Vian, ce qui me convient fort bien.