A vu "Interstellar" (4,5/5). Matthew McConaughey s'envole dans les étoiles à bord du vaisseau de Christopher Nolan. Science-fiction spatiale, anticipation, thriller, famille, écologie, catastrophe, philosophie, bon sentiments, physique, amour, action, relativité, Nolan multiplie les facettes et densifie le concept Interstellar jusqu'à toucher à l'universel. Là où Aronofsky s’était planté dans « The Fountain » avec des ambitions similaires, Nolan parvient à assembler les pièces du puzzle et à rendre le concept compréhensible, voire pertinent. Aucun de ces films n'est jamais vraiment facile, le propos atteint souvent des abysses de complexité, mais là, on touche au sublime. Le film mérite plusieurs visionnages pour bien comprendre la hauteur des ambitions philosophiques Nolaniennes. Et pour apprécier toute la diversité de la réflexion proposée. Je ne mets pas 5/5 car je ne sais pas s'il n'y a pas un peu de poudre aux yeux. Emerveillé, mais pas dupe 

La terre connait des bouleversements écologiques majeurs et irrémédiables. L'humanité court à sa perte. Cooper est un ancien pilote devenu agriculteur. Des évènements inexplicables l'amènent à découvrir un projet de sauvetage des habitants de la planète bleue. Son odyssée l'amènera à découvrir les mystères de l'univers.

Beaucoup d'attentes autour de cet Interstellar. Comparaison avec le 2001 du maitre Kubrick, soupçons de gloubi boulga scientiste, rumeurs de chef d'œuvre ou de four abyssal. Difficile de rester de marbre devant tant de commentaires préalables, que j’ai soigneusement évités. Arrivé vierge de tout soupçon et de toute excitation excessive (malgré les tentatives de corruption ou de coercition), je vais surtout éviter de spoiler à tout va pour ne pas gâcher le bonheur des surprises multiples que cache le film (casting, scénario, dénouement).

Petit inventaire des grandes qualités de ce film :

- Le scénario est extrêmement bien ficelé et garantit une tension constante. Peu de temps morts sans finalités précises. Le calme appelle la tempête, les tempêtes appellent les bourrasques. Pour un film de près de 3 heures, bel exploit que de ne jamais laisser retomber le soufflé. Partir des champs de maïs pour traverser l’univers tout en gardant une telle cohérence, je dis chapeau. Christopher et son frère Jonathan ont réalisé un travail d’orfèvre, précis comme de l’horlogerie fine. Les briques s’imbriquent, les mystères s’éclaircissent, fabuleux de voir ce que l’esprit humain est capable d’inventer.

- Dire que Nolan sait filmer et monter ses longs métrages est une lapalissade. Toute sa filmographie, de ses très bons films aux plus contestables, démontre son art de la juxtaposition et de l’enchainement. Passé maitre dans l’art du détournement chronologique et géographique, il aime perdre le spectateur dans un maelström apparemment inextricable tout en donnant suffisamment de clés pour retrouver la sortie du labyrinthe. La simplicité n’est pas sa qualité première, il le prouve une fois de plus, sans tomber dans l’incohérence la plus crasse. Laisser rêver le spectateur, oui, le plonger dans un épais brouillard, très peu pour moi.

- Qui dit rythme dit musique ajustée. Hans Zimmer réalise une partition qui fera date. Ses solos d’orgue rappellent Vangélis et donc Bach (je rappelle que Vangélis était le grand ordonnateur des Aphrodite’s Child, eux-mêmes connus pour l’inoubliable « A whiter Shade of Pale » composé par Vangélis, lui-même très grandement inspiré par Bach). Les pérégrinations dans l’espace prennent une tournure mystique tandis que retentissent les notes de Zimmer. Qui n’a pas gardé l’air principal dans la tête de longues heures après la fin de la projection ?

- Un grand réalisateur sait choisir les acteurs adéquats. Et Nolan ne s’est pas trompé. 2014 est l’année McConaughey et Anne Hathaway est sous les spotlights depuis de longues années. A eux deux, ils portent le film sur leurs épaules. Matthew a acquis un charisme énorme depuis 5 ans et ce film est l’apogée de sa filmographie récente. Depuis « Killer Joe », en passant par « Paperboy et surtout « Dallas Buyers Club », il prouve film après film qu’il n’est plus le minet bodybuildé sans saveur qu’il a longtemps été. La densité de son regard, la profondeur de son jeu, la sobriété de son phrasé, l’impact qu’il donne à chaque scène, Matthew est définitivement l’acteur hot du moment. Même un peu plus que Christian Bale ou Léo (deux autres poulains de Nolan, d’ailleurs…). Anne Hathaway a cette capacité à faire passer l’émotion avec une grande économie de moyens. Bref, eux deux sont partis pour se revoir régulièrement à l’écran…

- Interstellar est l’histoire d’une quête quasi mystique, mêlant humanité, physique quantique et lois de la relativité avec une énergie stupéfiante. Je ne dis pas avoir tout compris, mais les arcanes de la science donnent au film un charme fou, l’imprégnant d’une aura mystérieuse qui fait beaucoup pour sa caution intellectuelle. Car oui, il y a de l’action, oui il y a des rebondissements. Mais il n’y aurait eu que ça, le film serait resté un blockbuster sans âme. Divertissant, mais vite oublié. Or, je peux l’assurer, ce film fera date, la moulinette fonctionne à plein et l’esprit n’a pas le temps de se reposer.

- Le film a une visée écologique indéniable. La terre se meurt, la nourriture vient à manquer, quels choix reste-il à l’humanité pour ne pas disparaitre ? Pitch glaçant qui surfe sur la vague déjà ancienne de l’arrêt de la croissance à tout va et de la gabegie caractérisée. Ce film est une pierre de plus à l’édifice érigé par Soleil vert, Les fils de l’homme ou L’armée des 12 singes. En plus ambitieux encore.

- Faire cohabiter tant de thématiques, tant de moments spatio-temporels et tant de densité peut mener un film à la catastrophe, la faute à un gigantisme exacerbé. Tout l’art de Nolan est de réussir à jongler avec tous les éléments sans faire tomber une seule boule. L’équilibre est préservé, l’attention est conservée, l’odyssée est réussie. Tel Ulysse parvenant à Ithaque contre vents, marées et cyclopes, Cooper navigue sur le bateau de Nolan sans couler. La classe.

- Attention : Léger Spoiler ! J’ai fait le compte des références à 2001. Les petits robots ressemblent à des monolithes, la station spatiale Endurance ressemble comme deux gouttes d’eau à la station autour de la terre dans 2001, la rentrée dans le trou noir ressemble à la rentrée dans Jupiter, le concept de bibliothèque ressemble au concept de meubles Louis XV, les robots font penser à HAL en plus sympa. Tout ça et plus. Force est d’admettre que la filiation entre 2001 et Interstellar est assez évidente. 2001 creusait un sillon avant tout philosophique, Interstellar tente le mélange des genres en ajoutant de l’action et une visée humaniste. 2001 était froid et chirurgical, Interstellar est moins cérébral et touchera une audience plus large. Après, je préfère 2001, c’est éminemment personnel !. 

Quelques données qui coutent son 5/5 à ce très beau film :

- Je ne suis pas sûr que Nolan et son frère aient passé leur Agrég’ de physique. Pour le peu que j’en sais, les théories mises en action sont appliquées de manière très fantaisiste. Adroitement certes, mais je crains quelques vociférations de puristes en relativité. Après, on s’en fiche un peu, le commun des mortels restera ébahi devant tant de maestria, juste que ça me gêne un peu de faire dire n’importe quoi à des règles universelles. Je demanderai l’avis d’experts sur la question pour plus de légitimité parce que je ne pourrai pas moi-même répondre à d’éventuelles questions. Tout ce que je sais, c’est qu’un trou noir recèle une gravité interne si forte que rien n’y résiste, même pas un vaisseau de la Nasa 

- Un peu comme « Dallas Buyers Club », un film si exceptionnel me laisse un doute après la première projection. Après son 4,5 initial, DBC était passé à 5 à l’aide d’un second visionnage. Moralité, il me faudra revoir Interstellar afin de m’assurer que le film passera à la postérité sans tracas. 

Les publics adeptes de genres bien différents trouveront leur compte dans ce voyage fantastique. Les adeptes de frissons, les mordus d’action, les inconditionnels du thriller, les affiliés philosophiques, les geeks au dernier degré, les rêveurs patentés. C’est toute la magie de Nolan, s’adresser à tous les publics sans perdre personne en route et en contentant tout le monde, intelligemment et avec brio. Le divertissement moderne est total ou n’est pas. La preuve en est, Nolan le maitrise à la perfection.

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