a vu "Inch'Allah".

Pitch et avis: Formidable film canadien d'Anaïs Barbeau-Lavalette dans le contexte israélo-palestinien, une sage femme québécoise officie dans un camp de réfugiés palestinien et son devoir de neutralité se trouve chamboulé par une série d'évènements tragiques, qui la submergeront, note: 4/5: une justesse impressionnante, des acteurs à fleur de peau, un rythme de thriller psychologique prenant et bouleversant. Le film de la semaine.

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Résumé: Chloé, jeune sage femme québécoise, officie dans un dispensaire en Cisjordanie. Elle prend en charge les femmes enceintes quotidiennement, entre d'incessants allers-retours des deux côtés du mur de séparation. Confrontée à la guerre et ceux qui la vivent, elle se lie d'amitié de chaque côté. Avec Rand et sa famille, qui l'accueillent et sympathisent avec elle, et avec Ava, jeune militaire et voisine en Israël. A leur contact, Chloé va progressivement remettre ses repères en question.

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Sujet brûlant que cette situation bancale et conflictuelle en Palestine. En plaçant une personnage venue de très loin au cœur du contexte, un regard neuf embrasse la complexité des circonstances. La difficulté de conserver une neutralité détachée va éprouver Chloé, la transformer, l'impacter. Ses contacts initiaux avec une jeune militaire israélienne, en charge des contrôles sur les check points traversés quotidiennement par des centaines de réfugiés, la confortent dans un détachement qui la protège mais ne durera pas. En se liant d'amitié avec Rand, une jeune palestinienne en plein dénuement mais dont elle s'accommode tout en ne diminuant pas sa rage, Chloé comprend vite que les points de vue des voisins sont inconciliables. Sa neutralité, voulue, souhaitable, défendable, se craquelle tandis qu'elle devient témoin d'évènements tragiques.

Le drame touche toutes les parties en présence. Placée au milieu d'une situation qui la dépasse, témoin ulcérée et choquée sans moyens d'action, Chloé ne peut s'ouvrir à personne, ni à sa mère restée au pays, ni aux uns ou aux autres. Livrée à elle même, elle ne parvient pas à contenir des sentiments qui la submergent. Elle devient malgré elle actrice du conflit, n'engendrant que plus de drames. 

L'affiche du film indique que les producteurs ont déjà officié pour "Incendies", film déjà passionnant. Le cinéma canadien persiste dans ce "Inch'Allah" qui fera date. La multiplication de points de vue permet de conclure in fine que la violence appelle la violence, que la loi du talion a encore de beaux jours devant elle, et que les premières victimes, comme dans tout conflit, sont d'abord les femmes et les enfants. 

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Film touchant et bouleversant, avec avant tout des actrices dont les regards émeuvent et touchent au plus profond. Le nombre de scènes marquantes est suffisamment important pour considérer ce film comme impressionnant. Je ne saurais que trop le recommander. Pas de manichéisme, pas d'opinion tranchée, le drame est partagé, les conséquences aussi, ne restent plus que les yeux pour pleurer.