A vu « Ill Manors ».

Pitch et avis : film britannique de Ben Drew, peinture à la hache du quotidien gris et sordide de quelques prolos dans un quartier sinistré de Londres. Trafics, mésaventures et violence s’enchainent et s’entremêlent, les durs régnant sur des caniveaux jonchés de loosers. Cadence rap et montage mitraillette pour des scènes de vie uppercut tirées de faits réels.

Note : 4.5/5. Trip viscéral perfusé à la dynamite sous une apparence trompeuse d’artisanat che...ap, « Ill Manors » est une galerie d’âmes damnées à la mise en scène de chaise électrique. Un must barré total.

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Résumé : Kirby sort de taule pour trafic de stup, Ed et Aaron sont deux petites frappes sans envergure, Jack est un minot qui veut jouer aux durs, Chris tient son gang aux forceps, Michelle est une prostituée prête à tout pour sa dose, Katya s’apprête à accoucher d’un bébé dans une maison close clandestine… leurs existences vont s’entrechoquer dans un immense effet papillon aux effets inattendus.

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Belle claque que ce film passé fort injustement inaperçu. Sorte de pendant english de « La cité rose » en plus radical et scorcesien, « Ill Manors » envoie du lourd, appuie très fort sur la gâchette et donne aux quelques lueurs d’espoir aperçues ici ou là des allures miraculeuses. La survie des personnages passe par leurs maigres atouts, que ce soit leurs poings, la vente de dope, leur corps ou la vente de bébé. Ce qui donne un traité sur les bas fonds de l’humanité, au cœur d’une banlieue périphérique d’une mégalopole de pays riche. A désespérer de nos systèmes économiques et sociaux. Comme si justement déclamé dans l’excellent Cloud Atlas, « Weak are meat strong do eat ».

Tiré de faits réels, le film se noie dans une vase putride et sans concessions, le spectateur est en plein malaise face à des situations extrêmes et véritablement impensables. Les bons sentiments semblent autant de poids à se délester d’urgence pour ne pas s’embourber. Les principales victimes de ce jeu morbide n’ont plus le choix, doivent se forcer, à tout, tout le temps. Les mirages de las Vegas semblent bien loin. A côté de cela, le crime profite aux plus forts, as usual, qui se livrent, sans vergogne, dans une impunité qui fait vomir, à de véritables sacrifices humains.

Pour mettre en scène ce reflet intolérable de miroirs humains, la mise en scène rivalise constamment d’inventivité et d’exploits techniques. Jeux de rythmes et jeux d’images, montages en arrière, caméras subjectives, un feu d’artifice visuel se met au niveau du scénario. Et comme l’exposition « Musique et Cinéma » actuellement à la Cité de la Musique le souligne, pas de grand film sans bande son décapante. Ici, le rap se fait narratif, cru, brutal comme une image de shoot en multicolore.
 

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Je pourrai parler de ce film pendant des heures. Nécessaire, fichtrement bien fichu, surprenant, implacable, ce film vous clouera au siège avec cet arrière gout de performance de haut niveau.