a vu "I want your love" et "Le cœur a ses raisons".

a vu "I want your love" et "Le cœur a ses raisons".

Grand écart et triple axel piqué entre deux films aux sujets diamétralement opposés, et pourtant. A chaque fois des communautés atypiques, des choix de vie délicats, des réflexions emmêlées. Mœurs différentes, mais mêmes turpitudes.

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"I want your love" s'ouvre sur Jesse, jeune artiste gay fauché à San Francisco. Son annonce de rejoindre le cocon familial dans l'Ohio étonne et détonne. En quittant SF, il quitte une zone de confort frustre mais authentique, où il a pu vivre sa vie avec des liens d'amitié sincères, des histoires d'amour, un réseau de liens affectifs. En rejoignant une famille quittée 10 ans auparavant et qui désapprouve visiblement son homosexualité, il part dans l'inconnu.

Arguments logiques (30 ans, pas un rond, scène artistique locale bouchée), motivation péremptoire (c'est la solution pour exister artistiquement), ton convaincu (je DOIS le faire), la posture de Jesse semble indiquer un choix réfléchi et adulte. Deux questions se posent néanmoins. Qui cherche-t-il à convaincre? Ses amis ou lui-même? 2e question, pourquoi un tel choix? 
Un doute envahit l'assistance sur ses motivations réelles.

Je préviens, scènes explicites à la limite du film X au programme. Jamais dans la performance ou dans la gratuité, elles illustrent une différence primordiale entre Jesse et ses couples d'amis. Là où ces derniers cherchent la plénitude et l'épanouissement de leur sexualité par delà les vicissitudes du quotidien et de toute considération pécuniaire/sociale/raciale..., lui ne les trouvera jamais dans ce contexte SFien. En ne se réalisant pas artistiquement, la liberté sexuelle ne lui suffit pas. IWYL mêle une réflexion sur la quête de soi et le choix de vie, dans un contexte certes particulier, ce qui gênera certains, ou pas. 

La scène de fin résonne comme la cloche de l'école, la récréation est finie. Vécue librement, sa sexualité ne lui a pas permis de s'épanouir, ce que les multiples scènes de refus de pénétration illustrent clairement (oui, j'ai mouliné sévère...). Peut être ne se sent il tout simplement pas à sa place. Le mythe caricatural de l'homo jouisseur s'effondre, les homos sont des gens multiples comme les autres.

Note: 2/5, film que je ne recommanderai pas à tout le monde. Au delà du ton intimiste, de la pertinence de la réflexion et de l'amateurisme technique délibéré, c'est un peu transversal, quand même.

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Sorti d’IWYL, "Le cœur a ses raisons" m'a d'abord un peu interloqué. Finis les looks fluos et les scènes olé-olé. Toujours des barbus, mais des looks un peu plus austères. Je n'étais plus à SF mais au cœur de la communauté juive orthodoxe de Tel Aviv. 

Pitch quasi anthropologique. Quand la sœur de Shira meurt en couches, sa famille lui suggère d'épouser son beau-frère, Yochay. Prendre la place de sa grande sœur lui répugne, mais les charmes de Yochay ne la laissent néanmoins pas indifférente. Les stratégies féminines se mettront en marche pour éviter le remariage de Yochay avec une étrangère et consolider ainsi l'unité de la famille.

Cette plongée dans un monde inconnu est réalisée par une femme issue de ce milieu. Aucun doute sur la fidélité de la retranscription des mœurs et de leur rigidité, tellement peu que l'aridité ambiante finit par peser. Les discussions se font à demi-mot, les regards se perdent dans le vague, les réflexions se font longueurs, le drame se fait verre d'eau.

Intention sublime pour ce cinéma vérité que de conter sans faux semblant les turpitudes de la pensée et les contraintes de la communauté. Néanmoins, les différences culturelles irriguent rapidement l'écran et produisent un fossé empêchant selon moi toute réelle empathie. La jeune Shira, en mêlant la passion de la jeunesse et le respect de traditions exotique, se tient irrémédiablement entre deux chaises.

Note: 2/5, plongée admirable dans une communauté méconnue, mais intérêt cinématographique limité.

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