a vu "How I live now" (4/5). Le grand Kevin MacDonald adapte un roman avec pour toile de fond une guerre subite entre le Royaume-Uni et une entité terroriste qui tente de prendre le contrôle du territoire. Au milieu de ce cauchemar, la jeune Daisy, adolescente aigrie mal dans sa peau fraichement débarquée des states, se trouve prise au piège avec ses jeunes cousins dans la campagne anglaise. Comment survivre dans un contexte de conflit quand on n'a été habituée qu'à l'opulence et à suivre méticuleusement la courbe de son poids?

Ce film raconte le drame ultime que pourrait vivre un jour (qui sait?) un grand pays industrialisé: une guerre sur son sol, sans électricité, avec la portion congrue de victuailles et l'instauration de la loi martiale en lieu et place des lois civiles. Adieu séances shopping, rêves de mannequinat ou séances ciné. Le végétarisme redevient une notion naturellement stupide, l'hygiène s'apparente à un luxe, la paix apparait comme un idéal lointain. Plonger des ados ordinaires du 21e siècle dans un contexte où les dangers quotidiens s'appellent assassinat, viol ou massacre remet les choses à leur place. Les activités annexes non vitales, à savoir 90% de notre quotidien, apparaissent bien lointaines et l'américaine focalisée tout d'abord sur des détails subit une transformation radicale afin de survivre.

Pas le film le plus drôle de l'année et finalement beaucoup plus effrayant que n'importe quel film de zombies suceurs de sang. Parce qu'un zombie ça n'existe pas, ça n'existera jamais, les vampires sont une invention mythologique et les affres de la guerre me semblent mille fois plus inquiétants qu'une maison hantée ou qu'un esprit frappeur. L'homme est un loup pour l'homme et le contexte de guerre, bien lointain pour nous occidentaux inconscients de leur chance, est à même de faire ressortir les instincts les plus vils de n'importe quel quidam. 

Le film relate également une histoire d'amour, mais qui reste secondaire selon moi. J'ai été beaucoup plus bluffé par cette évocation (imaginaire?) d'une guerre sur notre continent si sécurisé, avec des gens ordinaires aux prises avec les conséquences ingérables du contexte belliqueux. L'actrice principale passe de la tête à claque à une Katniss réaliste et moins bodybuildée. A mi-chemin entre "La route" et "Hunger games", ce film se fait se poser de vraies questions sur notre temps.