a vu 2 films en avant-première "Holy Field Holy war" (4/5) et "L'étrange petit chat" (1/5).

- "Holy Field Holy War" (sortie le 26 mars) est un documentaire somptueux de sobriété et de justesse sur l'état de l'agriculture en Pologne, et de ce qui pourrait bien survenir dans nos contrées si nous ne faisons pas gaffe. 60% de la surface du pays est dévolue à l'agriculture, avec une tradition agraire forte, une population tournée vers l'élevage et les moissons, des traditions ancrées dans la terre, des liens sociaux centenaires. L'achat compulsif de terres par les grands groupes américains (Chevron, Exxon... mais qu'est ce qu'ils fichent là???) met en péril le fragile équilibre immémorial d'une population qui subvient chichement à ses besoins. L'utilisation intensive de pesticides et de produits chimiques, en plus de détruire la faune, pollue allègrement les campagnes.

Si on ajoute en plus le risque que représente l'exploitation du gaz de schiste, bien connu pour polluer en profondeur et en largeur les terrains avoisinants les forages, on assiste à une levée de boucliers grandissante voire à un début de révolte. Passée en 20 ans de fermes d'états régies par des kolkhozes centralisés à une exploitation sauvage des ressources locales, l'agriculture polonaise traverse une crise dont rien ne permet de deviner l'issue. Les méfaits du capitalisme sont de plus en plus visibles, le fragile équilibre local pourrait ne pas survivre... et quoi ensuite? Un schéma identique partout ailleurs? Des fermes privées, industrialisées, militarisées? Ca me fait penser à Blade Runner ou Soleil vert... autant dire que ce n'est pas bon.

Un documentaire d'intérêt public que je ne peux que recommander chaudement.

- A l'inverse, "L'étrange petit chat" (sortie le 2 avril 2014), en plus d'avoir le titre le plus ridicule du monde, est un film allemand entre théâtre et impressionnisme, mettant en scène une famille dans son quotidien le plus basique. Chacun vaque à ses occupations élémentaires (se nourrir, boire, discuter) sous les regards vides et avachis du chien et du chat de la maison. Les cadrages sont artistiques, les acteurs rentrent et sortent du cadre, c'est fabuleux. La mère semble une desperate housewive en puissance, centre névralgique de ce petit monde, droit de vie et de mort inclus. Ses regards de plus en plus éteints sont raccords avec l'ambiance générale: scénario inexistant, enjeu nul, perspectives infinitésimales. Est-ce bien valable de se déplacer au cinéma pour s'ennuyer si ferme? Je ne répondrai pas à la question...