Maintes fois abordée sous des angles paillettes (Jésus Christ Superstar), sanguinolents (La passion du Christ) ou évangéliques (le film de Pasolini), l’histoire de Jésus s’offre un nouvel éclairage devant la caméra de Rabah Ameur-Zaïmeche. Le choix de la simplicité et d’une profonde humanité l’éloigne des canons habituels. Pas de miracles superfétatoires ni de scènes chocs à grand spectacle, le dénuement prévaut et la Palestine de l’an 0 apparait comme un morceau de terre abandonnée et oubliée. Les bouts de ficelle font loi, l’amateurisme l’emporte, les images s’attardent sur des paysages arides d’une beauté spectaculaire mais sèche. Choc esthétique habité par une vision iconoclaste des écritures, cette Histoire de Judas est une thèse passionnante.

A l’issue d’un jeune de 40 jours, Judas vient rechercher Jésus dans le désert. Il l’accompagne pendant son périple tandis que le rabbi dispense son enseignement à des foules conquises. Mais les romains voient d’un mauvais œil cet agitateur public et projettent de l’arrêter.

A l’instar de l’opus controversé de Scorsese qui voyait Jésus demander à Judas de le livrer sciemment, Rabah Ameur-Zaïmeche creuse le sillon de la réhabilitation de Judas, privilégiant les liens étroits qui l’unissent à Jésus. Dans des paysages algériens majestueux, à la frontière entre le Sahara et les montagnes des Aurès, lieu d’origine de la famille du réalisateur, les derniers jours de Jésus sont dépeints avec économie et austérité. Le réalisateur a le bon gout de changer complètement les perspectives. Les apôtres ont un rôle secondaire, Marie est absente, les miracles sont laissés de côté. Judas apparait comme le personnage central, Bethsabée et Suzanne sont les personnages féminins principaux et Barabas devient un pouilleux simplet et magnifique.

Peu de moyens, les ruines abondent dans une mise en scène dépouillée. Les foulards recouvrent les têtes pour protéger du soleil, les vêtements amples et légers recouvrent des corps harassés de chaleur. La caméra ose les plans fixes, éludant les effets visuels clinquants pour laisser place à la langueur orientale. Jésus n’harangue pas les foules comme dans L’évangile selon Saint Mathieu de Pasolini. Le réalisateur privilégie une bienveillance dénuée de confrontations, empreinte de douceur de d‘empathie. Le personnage n’est plus divin – il n’aborde d’ailleurs jamais la question du fils de Dieu – non pas surpuissant mais empathique. L’arrestation, les sévices et la crucifixion sont éludés, loin des images inconfortables de l’opus de Mel Gibson. Jésus est ici un quasi anonyme et la question de sa postérité se pose. L’homme est mis en avant, Rabah Ameur-Zaïmeche sous-entend involontairement la récupération du symbole christique par des accolytes beaucoup moins proches que ne l'a été Judas.

Les dernières images voient un Jésus marcher dans les roseaux, image simple d’une résurrection presque anecdotique. Judas a accompagné son ami, disparaissant dans l’ombre, pour la postérité que l’on connait. Rabah Ameur-Zaïmeche le montre sous un jour différent, impossible de savoir si la thèse officielle du traitre ou cet éclairage plus intimiste peuvent prévaloir plus l'une que l'autre. Restent ces très belles images, ce rythme nonchalant et l’envie de se plonger tout entier dans les images. le film demande à l’esprit de rester en éveil, et de méditer...