A vu "Hijacking" (2,5/5). Une prise d'otages dans l'Océan Indien. Interminable pour les otages, passionnante pour le spectateur, quoique délibérément aride et ultra-réaliste, à double tranchant donc. Content de ne pas voir arriver les Expendables avec Chuck Norris, le sentiment d'être parfois devant une série télé met un frein à l'ampleur dramatique du tout.

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L'équipage d'un navire de commerce danois vogue vers Mumbaï. Plus que quelques jours de traversée, et l'allégress...e grandit peu à peu. Mickel le cuistot va notamment revoir sa femme et ses enfants, enfin.
Siège social au Danemark. Peter est le CEO de la compagnie maritime. Sec comme un coup de trique, professionnel jusqu'au bout des ongles, il mène la boite avec calme et détermination.
Lorsque le bateau est arraisonné par des preneurs d'otages somaliens, Mickel et Peter - qui ne se connaissaient pas - vont devoir gérer la demande de rançon de 15 millions de dollars.
Sauf que le premier vit dans des conditions dantesques tandis que le second est à Copenhague.

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Loin des poncifs hollywoodiens de la prise d'otage spectaculaire et pyrotechnique, Tobias Lindholm choisit de faire vivre les presque 140 jours de l'intérieur de manière quasi chirurgicale. Les otages ne sont pas Bruce Willis ni Stallone, mais des marins au long court aux émotions très humaines. Aux prises avec des preneurs d'otage issus d'un autre monde, qu'ils ne comprennent pas, imprévisibles, aux humeurs changeantes, ils n'ont aucune prise sur la réalité. Pantins désarticulés, leur désespoir grandit tandis que le temps de la tragédie s'allonge.

Le temps est une donnée essentielle du film. Les otages vivent chaque jour qui passe comme un coup de poignard supplémentaire. Le sentiment d'abandon aggrave le sentiment de solitude et le désespoir. Le fil rouge est Mickel, le cuistot romantique, de plus en plus au fond du gouffre tandis qu'il se sent le jouet de ses ravisseurs. Sur le bateau, les conditions de détention sont épouvantables, la proximité avec des étrangers accroit le malaise ambiant.

De l'autre côté, le management à Copenhague est dans une toute autre logique. Peter laisse de côté ses émotions, en bon CEO qu'il est, et reste dans une logique Business. L'objectif est de diminuer le plus possible la rançon de 15 millions et de sauvegarder la rentabilité de l'opération. Logique toute capitaliste, critiquée en filigrane tout au long du film. L'intérêt de l'équipage n'apparait que rarement dans les esprits de managers concentrés sur la diminution du montant de la rançon. Peter assure personnellement le contact avec les ravisseurs. Et sa cuirasse a priori indestructible se fissure peu à peu. L'homme désemparé apparait de temps à autre, mais vite remplacé par le soldat financier.

La claustrophobie ambiante, l'économie de moyens, la retenue générale créent chez le spectateur un malaise perceptible dans la salle à en juger par le niveau sonore proche de zéro. Est-ce du à l'endormissement ou à l'émotion? Je pencherais évidemment pour le second, mais force est de constater que l'aridité de l'exercice de style peut desservir le propos. En total porte à faux avec les films de Schwartzie, le film a parfois des airs de téléfilm suédois. Trop d'économie de moyens dessert la forme, et donc le fond. Sentiment peut être très personnel, mais l'ampleur cinématographique est trop souvent sacrifiée. Au profit d'une émotion qui peine pourtant à atteindre des sommets.

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Note: 2,5/5. Film à voir, très certainement, pour la dualité bateau/bureau, et les arcanes insoupçonnées d'une prise d'otages.

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