a vu "Her" (4,5/5). Le nouveau Spike Jonze est une énorme surprise. Les bandes annonces, comme hélas trop souvent, laissaient imaginer un truc COMPLETEMENT FAUX, ici l'histoire d'un geek frustré qui utilise l'intelligence artificielle pour assouvir ses fantasmes. CE N'EST PAS DU TOUT CA! Bien au contraire, le film narre avec beaucoup de sensibilité l'expérience vécue par un homme blessé par l'existence et qui lui permet de se reconstruire, voire d'avancer. C'est pas la même chose, avouez le!
Ce qui va suivre va donc SPOILER allègrement, mais ça s'explique par la dichotomie naturelle issue de la bande-annonce mensongère, so sorry, c'est pas ma faute. Je recommande de voir le film sans trop d'infos préalables, c'est mieux...

Theodore Twombly est en plein processus de divorce, ce qui le détruit intérieurement et le rend quelque peu asocial. Au fond du gouffre, il décide d'acquérir un logiciel un peu spécial, qui lui permet de converser avec un personnage synthétique, ici Samantha, intelligente, drôle, à la voix so sexy et qui a la capacité d'évoluer au contact de Theo. De fil en aiguille, la belle intelligence artificielle devient de plus en plus indispensable à Theodore.

Je comprends mieux les prix reçus par ce film aux oscars et aux golden globes: prix du meilleur scénario à tous les étages. Et on comprend pourquoi tant la narration est fluide et originale. Le personnage de Theodore, joué par le toujours impeccable Joaquin Phoenix, est blessé, touchant, attachant. Quant à la voix de Scarlett, inutile de vanter son glamour torride. La relation entre les deux personnages échappe à tout poncif: Samantha n'est pas le HAL de 2001, Theodore n'est pas le Mark Zuckerberg de Social Network. Une étonnante sensibilité empreint tous les rapports tout au long du film, sans angélisme (ce n'est pas un film pour enfants) ni SF extravagante.

Theodore est un adulte de notre temps, loin des caricatures de geek que l'on pourrait facilement imaginer. Il n'est ni frustré ni foncièrement asocial, c'est la vie qui l'a abimé et au premier chef la douloureuse séparation d'avec sa compagne (sublime Rooney Mara). Il a encore des amis (magnifique Amy Adams) et ne vit pas dans sa tour d'ivoire. Et pour l'aider à surnager, Samantha sert tour à tour de confidente, d'amie, d'amante et de maitresse volage. L'incongruité de la situation (tomber amoureux d'une voix sortie d'un ordi? What the F...?) s'évanouit assez vite au fur à mesure que Théodore, d'abord perplexe, baisse la garde et se laisse aller à un sentiment très humain, l'empathie.

Pour ceux qui n'auront pas encore vu le film et auront oser la lecture jusque là, je ne dévoilerai pas plus de secrets et me contenterai de vanter le génie de Spike. Depuis "Dans la peau de John Malkovitch", j'attendais le sursaut du maitre, quelque peu assoupi depuis lors. C'est chose faite et je recommande chaudement ce film sensible, certainement tourné dans une ville japonaise tenant lieu et place d'un LA futuriste (pour preuve tous ses personnages... non typés américains et plutôt extrême orientaux, ainsi que ces trains très Shinkansen). Le futur semble plutôt plaisant, les gens sont toujours accrochés à leurs smartphones, rien de nouveau sous le soleil (levant).

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