a vu "Grand Budapest Hotel" (3.5/5). Une farandole d'acteurs prestigieux, un ton kitsch-ampoulé bien connu, une mise en scène théâtrale et millimétrée, les ingrédients habituels de Wes Anderson sont bel et bien présents. Tant que le rythme est à son maximum, la magie opère. Quand le rythme baisse, la maestria s’évanouit et pointe l’ennui. Difficile de maintenir le niveau deux heures durant.

Gustave H est l’homme omnipotent d’un grand hôtel d’Europe centrale au coeur du royaume de Zubrowka (j'adore). Ami des puissants, régisseur de l’escouade du personnel, il sympathise et fascine dans cette Europe d’entre-deux guerres en train de s’éteindre. Accusé à tort du meurtre d’une de ses fidèles clientes, il entreprend de prouver son innocence accompagné de son fidèle Lobby-boy. 

Le film démarre tambour battant. Les acteurs connus se succèdent, même pour des mini-apparitions durant lesquelles ils rivalisent d’ingéniosité pour marquer le coup. Un regard torve, un port de tête alambiqué, une réplique savoureuse, la première heure est un enchantement. Ma palme va à un Adrien Brody complètement psycho et vindicatif. Le personnage principal, joué par un Ralph Fiennes pincé et aux limites du ridicule, se débat dans cet univers de convenances antédiluviennes. Difficile de dire si son sourire est empreint d’hypocrisie bienveillante ou de détermination enjouée. Le bal des artistes ravit jusqu’à cet épisode carcéral dont le huit clos sied mal à la folie de Wes.

Le style Anderson revient pour un bouquet final qui remet les pendules à l’heure. L’art de la direction d’acteur du (futur) maitre est à son apogée, avec ce sourcil délicatement relevé par ici, ce regard fuyant par là. Des acteurs tout acquis à sa cause jouent aux pantins articulés selon les desideratas du réalisateur. Bill Murray, Owen Wilson, Jason Schwartzman, Adrien Brody, les habitués sont (et seront) toujours là. De nouvelles têtes agrémentent le tableau (je ne ferai pas une liste… trop longue !).

Toujours un plaisir de contempler l’œuvre foisonnante du génial américain. Un trop-plein d’ambition pèse néanmoins sur la fluidité de l’intrigue. A mon sens, « Moonrise Kingdom » était plus abouti mais ne boudons pas notre plaisir, GBH est un ovni cinématographique qui rappelle que le cinéma est un rêve d’enfant et un film l’aboutissement d’une vision. Celle de Wes est truculente, et même légèrement inégale, elle en reste unique dans le monde actuel.