a vu "Goodbye Morocco", film franco-marocain, trame avant tout cinématographique qu'un visionnage en DVD ne compromettra pas, note: 3/5 pour le suspens et le cheminement tortueux de personnages livrés à leurs passions.

Dounia dirige un chantier immobilier dans la banlieue de Tanger. Séparée du père de son enfant, elle ne peut voir ce dernier qu'épisodiquement, la législation marocaine contraignante étant du côté du père. Amoureuse de l'architecte serbe en charge des travaux, elle imagine l'espoir de gagner de l'argent et de quitter le pays avec son garçon et son amant lorsque des tombes chrétiennes du IVème siècle ornées de fresques sont découvertes dans le sous-sol du chantier. Elle met alors en oeuvre toute une machination, avec l'aide de son chauffeur à tout faire Ali, secrètement amoureux d'elle, pour échapper à l'étroitesse de son existence.

Film complexe et dramatique, Goodbye Morocco complexifie à l'envie une trame déjà pas simple à la base. Femme libre et volontaire, Dounia s'est mis à dos sa famille après son divorce, doit composer avec une législation défavorable pour voir son enfant, et doit faire preuve de poigne pour tenir ses ouvriers clandestins. Ce qui devait être une bénédiction, l'espoir d'une vie meilleure, comme souvent dans la dramaturgie, sera un miroir aux alouettes. Les fresques chrétiennes antiques, ce que les nombreux zooms mystérieux soulignent, seront avant tout une malédiction. En ne voulant composer qu'avec sa volonté et en délaissant les sentiments d'autrui, Dounia creusera son propre malheur.

A la fois thriller, reportage sur le trafic d'oeuvres d'art, film de moeurs et questionnement sur la religion, ce film offre une richesse de perspectives qui le rend passionnant. Les histoires parallèles enrichissent la trame principale. Le statut des clandestins, la question de l'homosexualité dans le Maghreb, les latitudes offertes par une législation qui profite avant tout aux dignitaires, loin de parasiter l'histoire, enrichissent le film d'angles de vue divers et multiples.

Déjà entrevue dans la bombe "Incendies", Lubna Azabal confirme tout le bien que je pensais d'elle. A la fois femme fatale et femme tragique, elle donne à ses rôles une dimension étonnante et complexe. Bref, il ne reste plus qu'à la découvrir dans cet excellent film.