Gatsby, 1re séance

a vu "Gatsby le magnifique". F. Scott Fitzgerald sacrifié sauvagement sur l'autel du jeunisme et de l'entertainment par un film hip-hop achronique? Point du tout. Baz Luhrmann créée la surprise en privilégiant l'essence du texte et ne brade pas l'esprit, le souffle et la dramaturgie du chef d'oeuvre littéraire pour le show. Les deux se complètent, en rythme et en harmonie. Les fans du livre seront comblés. Et cerise sur le gâteau, Léo incarne un Gatsby charismatique qui fera date.

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Suspicion initiale entretenue par les médias. Baz allait-il brader le texte de Fitzgerald par un recours excessif à Lana Del Rey, Jay-Z ou Beyoncé au détriment de l'ambiance jazz et des tonalités d'une époque ? Même pour un fan de Baz - Roméo + Juliette et Moulin Rouge ne m'avaient pas déplu - son incursion dans le monde de Fitzgerald pouvait laisser poindre quelques craintes. Dans l'ouvrage, Jay Gatsby et Daisy Buchanan sont des héros effacés, quasi en retrait de leur histoire, évanescents, pas du style à danser sur la table et à se lancer dans des chorégraphies Beyoncé-esques. Rien de superflu dans le film, leur interprétation est à la hauteur des attentes les plus folles.

Passée une première demi-heure dont tous les excès prennent leur sens quand on sait qu'ils sont quasi absents du reste du film, l'histoire prend forme devant nos yeux, avec une fidélité au texte impressionnante, jusqu'à l'apparition. Gatsby, sous les traits d'un Léo irradiant l'écran, apparait tel un demi-dieu échappé de ses 12 travaux. Sourire lumineux et amical, éternel "Old sport" à la bouche, il EST Gatsby, et l'image de Robert Redford s'estompe très vite des esprits.

Le spectacle des débuts laisse place au drame de la suite. Gatsby et Daisy se cherchent, se trouvent, pour finalement se perdre. Peut-être longuette pour beaucoup, j'y ai personnellement retrouvé l'atmosphère, mes souvenirs et la vérité du texte. Carrey Mulligan n'aurait pas été mon choix numéro 1, mais si elle fait une Daisy effacée à outrance, elle se rapproche ainsi du personnage du texte. Tobey Maguire n'est jamais aussi bon que quand il ne dit rien, en spectateur attentif mais discret de l'idylle qui prendra tragiquement fin.

Du hip hop oui, mais toujours dans les bons moments. En concourant à l'atmosphère d'excès et de stupre, avec des tonalités actuelles, il fait le pont entre une époque (pas si) éloignée et sa signification d'aujourd'hui. Sans cela, l'histoire aurait été vue de très loin, sans compréhension ni repères familiers. Le hip hop, discret et finement saupoudré, n'est pas un artifice, mais un outil de connexion.

Et les acteurs sont bons. Tout simplement. Leo, je me répète, incarne et personnifie totalement le Gatsby de l'imaginaire collectif. Dans sa retenue toute calculée, l'image finement ciselée qu'il créée de toute pièce pour impressionner sa Daisy, en dépit de toute superficialité superfétatoire, fait mouche. C'est le but de sa vie. Il y parviendra. Pendant un temps.

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Note: 4,5/5. Divine surprise que ce film quasi à la hauteur du roman, rien de moins. Sans en faire trop, de l'excès mesuré en somme, Baz livre une partition parfaite. Quasiment. Ok, je suis emballé, mais c'est mon droit :D

 

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