"Fury" débute assez mal. Attiré par sa réputation de réalisme crade et de vision objective de la guerre, je tombe sur des brushings parfaits et des peaux immaculées, des sourires bright et des blagues fadasses. Pas de barbes hirsutes et de morceaux de cervelle collés aux casques. Mais l'impression initiale laisse vite place à un spectaculaire revirement. L'arrivée du spectateur dans le camp de soldats US est un répit, une respiration dans le déroulement d'un conflit montré sans fard ni poésie. 

Une balle peut décapiter et une blessure mal choisie ne laisse que peu de chances de survie. Selon ses principes simples, "Fury" choisit l'exposition aux saletés de la guerre. Un équipage de char rempli de têtes brulées survit à toutes les avanies et continue sa route vers une quasi-mission suicide. Parmi eux, le sergent Brad Pitt entretient le doute sur sa santé mentale sous des airs de belle gueule. Une nouvelle recrue tendre comme de la viande d'agneau rejoint l'équipage pour son baptême du feu. 

Déjà, les fans de films de guerre spectaculaires seront comblés. Batailles de chars trépidantes, assauts meurtriers, ambiance virile et testostéronée, rester à ce simple niveau de divertissement remplit amplement le contrat. Pour ceux qui rejettent la facilité du gunfight binaire, "Fury" souligne la force morale nécessaire pour résister au désenchantement de la guerre. Côtoyer journalièrement des cadavres et des atrocités met à rude épreuve les nerfs de n'importe quel quidam débarqué de sa côte ouest (ou est). Certains se réfugient dans la lecture, d'autre dans la spiritualité, d'autres doivent décompresser. 

La WWII est cité sans mal comme un moment de gloire et d'héroïsme pour des troupes US ayant su renverser l'ogre nazi. Sans véritablement écorner le mythe, le film n'hésite pas à montrer l'envers du décor. Les soldats sont des hommes ordinaires. Les exactions, la dureté du quotidien, l'horreur du destin, rien est épargné au spectateur éberlué par tant de réalisme. L'adrénaline libérée pendant des combats où la survie se joue à pile ou face abroge le libre arbitre et le sens moral. Pas de critique de ce système inévitable, mais on a pas souvent le loisir de découvrir si crûment ce côté de la réalité.

Au final, mis à part la scène finale qui renoue avec les mythes hollywoodiens et avec un Brad Pitt jamais décoiffé sous le feu ennemi, le film est convaincant et fait réfléchir. Je le recommande. Comme quoi, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis.

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