a vu "Elefante Blanco", film argentin social et fataliste, triste poème qui prend une dimension tragique sur grand écran, note: 3/5 pour sa peinture radicale de la situation des bidonvilles de Buenos Aires.

Dans un bidonville de la banlieue de Buenos Aires, deux prêtres et amis œuvrent pour faire évoluer les conditions de vie d'une population abandonnée et confrontée à des gangs locaux. Fragilisé par une expérience malheureuse dans la jungle, le jeune Nicolas est recueilli par Julian, qui cherche à capitaliser sur le squelette d'un hôpital jamais terminé pour offrir aux habitants des logements décents. Mais confrontés à l'inertie des pouvoirs publics, il est bien difficile de changer quoi que ce soit... Dans le même temps, Nicolas rencontre Luciana, une jeune assistante sociale, qui ébranle son engagement religieux. Tandis que les tensions et la violence augmentent, la situation devient de plus en plus intenable.

Film au parti pris ultra réaliste, Elefante Blanco est un quasi documentaire, où les bonnes intentions se trouvent vite prises de court par les contingences politiques et économiques. La bonne volonté de prêtres courageux et engagés ne suffit pas lorsqu'aucune volonté publique n'accompagne les tentatives de changement. L'administration, les forces de police, l'église, tous semblent aveugles face à la détresse d'une population qui se tourne dés lors vers les réseaux locaux de drogue pour subsister et trouver un réconfort, même si artificiel.

Ce décor triste et fataliste est mâtiné d'histoires personnelles qui s'entrelacent, pour rendre humains et proches de nous des héros que la vie accable. La maladie, les errements de la conscience et des sentiments, la bonne volonté désintéressée prennent des dimensions cathartiques lorsque la vie d'une communauté est en jeu. Et les blocages rencontrés deviennent des obstacles insurmontables, que même une révolte, telle un sursaut d'orgueil, ne peut surmonter.

Un beau film sur la situation économique et sociale des pays latins du sud, où Jérémie Renier et Ricardo Darin portent avec des engagements quasi personnels une histoire qui touchera le plus grand nombre. 

Le fatalisme qui se dégage est hélas dans l'air du temps. J'ai, peut être maladroitement, pensé à la phrase de Selina Kyle dans "The Dark Knight rises": There's a storm coming, Mr. Wayne. Capitaliser sur la détresse de populations excédées, qui sait où cela pourra mener...